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 Le feuilleton de l'été (réponse de Tit-Vinz)

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tit-vinz

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MessageSujet: Le feuilleton de l'été (réponse de Tit-Vinz)   Mer 25 Juil - 15:12

Chapitre 1 : Un royaume bien classique


Il y a bien longtemps, dans un pays lointain, existait un petit royaume, sis entre une immense chaîne de montagnes et l’océan. Il était dirigé, comme tout bon royaume par un roi, ni très bon, ni vraiment méchant. Comme tous les rois, il avait de multiples sujets de préoccupation, avec dans l’ordre d’importance décroissante : lui-même, sa maîtresse du moment, sa future maîtresse, ses enfants (par ordre d’âge, donc d’accession au trône, décroissant), sa femme, l’humeur de la noblesse, l’humeur du clergé. Parfois même, quand il lui restait un peu de temps à consacrer aux petites choses sans importance, il s’intéressait à son peuple.

Le roi avait deux fils, deux jeunes nobles arrogants, préparés dès leur enfance aux hautes fonctions qu’ils allaient assumer. Chacun des deux héritiers avait bien sûr deux ou trois fois essayé d’éliminer l’autre, afin d’assurer son futur poste, mais dans l’ensemble ils s’entendaient assez bien.

Les gens dans ce royaume n’étaient ni plus heureux ni plus malheureux qu’ailleurs. Il y avait de temps en temps de petites guerres avec les royaumes voisins, durant lesquelles les chevaliers paradaient et les paysans mourraient. Les récoltes étaient en général suffisantes pour que les gens puissent survivre jusqu’à l’année suivante, et cela faisait bien longtemps que les loups n’étaient pas descendus des montagnes pour se nourrir.

Au hasard de ses pérégrinations, le voyageur pouvait rencontrer dans ce royaume des hors-la-loi détroussant riches et pauvres (avec une nette préférence pour les riches), des médecins soignant uniquement avec sangsues et coups de lancettes, des ermites cherchant la voie, des prêcheurs, des mendiants et bien d’autres personnages hauts en couleurs. Et si on s’appliquait, si on cherchait bien, si on retournait chaque caillou du pays, si on visitait chaque grotte, on pouvait même espérer tomber sur La Sorcière.

Car comme tout bon royaume, celui-ci possédait sa propre sorcière. C’était une femme sans âge. Nul ne connaissait son vrai visage – dont elle prenait le plus grand soin au demeurant, partant du principe qu’on pouvait être sorcière et coquette – car elle pouvait se grimer à volonté. Ses parents lui avaient jadis sans doute donné un nom, mais cela faisait bien longtemps que tout le monde ne l’appelait plus que « La Sorcière », ou « Elle » (on sentait d’ailleurs à chaque fois que quelqu’un en parlait les majuscules accolées à ces diminutifs).


En tant que sorcière bien sûr Elle lançait quelques malédictions (principalement pour ne pas perdre la main, les malédictions n’étant pas son domaine de prédilection), préparait philtres d’amours et poisons, lisait le futur, soignait les maladies (dont certaines qu’Elle avait elle-même causées), transformait parfois certains princes de passage en crapauds. Elle n’était pas gratuitement méchante. Elle était juste méchante comme une sorcière doit l’être. Elle connaissait bien son métier et le faisait consciencieusement. Elle habitait dans une petite maison, nichée au fond d’une vieille forêt lugubre et terrifiante – elle avait suffisamment travaillé son cadre pour le rendre lugubre et terrifiant. Elle se promenait à travers tout le royaume afin de dispenser ses « œuvres » mais aimait régulièrement à se retrouver chez elle.

En bref, le royaume vivait une vie paisible.

Hélas…


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Orlamonde

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MessageSujet: Re: Le feuilleton de l'été (réponse de Tit-Vinz)   Ven 27 Juil - 23:31

On attend la suite ! cat
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tit-vinz

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MessageSujet: Re: Le feuilleton de l'été (réponse de Tit-Vinz)   Ven 27 Juil - 23:37

Orlamonde a écrit:
On attend la suite ! cat

je suis flatté Smile
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Amy

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MessageSujet: Re: Le feuilleton de l'été (réponse de Tit-Vinz)   Sam 28 Juil - 8:04

la suite, la suite, la suite !!! lol!
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tit-vinz

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MessageSujet: Re: Le feuilleton de l'été (réponse de Tit-Vinz)   Lun 30 Juil - 12:19

Chapitre 2 : Une visite inopportune


Un beau jour d’hiver, alors que la neige tombait dru, que l’eau gelait dans les puits et les mares, qu’au fond des chaumières on partageait entre les membres de la famille un petit pain, alors que dans le château du roi les fêtes ne s’arrêtaient jamais, un beau jour d’hiver donc, une colombe arriva chez La Sorcière. C’était un magnifique oiseau, au plumage d’un blanc si blanc que la neige paraissait terne en comparaison, un oiseau à l’œil si vif, à l’air si intelligent, que la plupart des habitants du royaume (et la totalité des nobles) aurait paru stupide à côté, une bête magnifique, symbole de la paix, l’harmonie, la beauté, la perfection.

Elle arborait fièrement à sa patte une petite bague, dans laquelle un fin parchemin était passé. La Sorcière intriguée en voyant l’animal attrapa prestement le message. Il était écrit sur un papier diaphane, un support qui semblait avoir été créé par les elfes, il était écrit dans une langue enchanteresse, d’une écriture magique, toute en arrondis et accents chantants.

La Sorcière grinça des dents.

Pour ne pas faire durer plus longtemps le suspens, autant vous le dire tout de suite, ce message annonçait à l’envoûteuse, la visite de ses trois cousines.

Les trois cousines de La Sorcière…. Personne dans ce royaume ne les connaissait… elles étaient la honte de La famille. Dès leur plus jeune âge, elles avaient commencé à se comporter étrangement : elles ne lançaient aucune malédiction, mais plutôt gratifiaient chacun et chacune de merveilleux cadeaux. Elles ne transformaient pas les princes en crapaud mais, faisant fi de toute réprimande transformaient les citrouilles en carrosses. Elles étaient la honte de La famille. Elles n’avaient jamais quitté cette vie ignominieuse, ces penchants pervers. Elles étaient devenues bonnes fées.

Arrêtons-nous un moment sur ces trois étranges larronnes.

Il y avait tout d’abord Aube, la plus âgée des trois. Elle était diaphane, magnifique. Elle voulait apporter aux hommes l’espoir dans la vie, la confiance dans les temps qui venaient. Elle était blonde comme les blés, toujours vêtue de rose, et semblait perpétuellement vivre dans un monde merveilleux. Elle formait constamment de nouveaux projets, changeait mille et mille fois d’idée ou de pensées. Elle semblait fraîche comme la rosée, aussi jeune et pleine de vie que le jour naissant.

Venait ensuite Zénith. Elle n’avait pas la fraîcheur de sa sœur mais rayonnait d’une vie incroyable. Elle était rousse. D’un roux chatoyant, brûlant, incandescent. Toujours habillée de vert, elle semblait la vie même, dans tout son éclat. Lorsqu’elle s’emportait, sa colère était titanique, lorsqu’elle aimait, son adoration n’avait pas de limites. Elle apportait une énergie sans limites à tout ce qui lui plaisait. D’ailleurs, parmi les trois sœurs, elle était toujours la meneuse, celle qui par son enthousiasme et son énergie menait les deux autres dans les projets les plus fous. Elle était rayonnante.

Enfin, la plus jeune des trois, mais non la moindre, était Crépuscule. Les cheveux d’un noir de nuit, les vêtements toujours bleus nuit, la peau d’une blancheur laiteuse, c’était la plus calme des trois sœurs. Jamais sujette aux emportements, comme sa sœur Zénith, ne passant pas constamment du coq au lièvre comme Aube, elle était l’élément stabilisateur du trio, celle qui canalisait les énergies, celle qui apaisait les esprits, celle qui reposait les âmes.

Depuis longtemps déjà elles avaient quitté le cocon familial, et La Sorcière ne s’était pas vraiment intéressé à leur carrière. Après tout elles n’avaient jamais eu beaucoup de points communs, et pensait-Elle, si on ne peut pas choisir sa famille, on peut au moins l’ignorer.

Cette nouvelle arrivait bien mal. La Sorcière avait pour les mois à venir un planning très chargé. Quelques malédictions, trois épidémies, deux métamorphoses, et surtout, surtout, la grande réunion annuelle de la sorcellerie, où elle espérait bien remporter le titre tant convoité de sorcière de l’année, et ainsi se faire remarquer d’un ou plusieurs des beaux et méphistophéliques sorciers célibataires de l’assemblée.

Enfin, que pouvait-on y faire. Après tout, même sorcière, la famille c’est la famille…
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Jérôme

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MessageSujet: Re: Le feuilleton de l'été (réponse de Tit-Vinz)   Lun 30 Juil - 23:24

Je ne voulais rien poster ici, afin de pas diluer le récit, mais puisque d'autres l'ont fait...

Félicitations et bravo! Nous attendons la suite avec une impatience non dissimulée!

(Alors, ça fait quoi d'être le scénariste de la série à succès de l'été?
Exit Lost, Heroes et même Harry Potter! Place au Feuilleton de l'été!!)
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Orlamonde

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MessageSujet: Re: Le feuilleton de l'été (réponse de Tit-Vinz)   Mar 31 Juil - 0:42

(c'est vrai qu'on écrit un peu au milieu de l'oeuvre, mais bon on peut
nous considérer un peu comme des pages de publicités avant la suite de
feuilleton)



Et plus le feuilleton arrive vite, moins y aura de pub...héhé
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Amy

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MessageSujet: Re: Le feuilleton de l'été (réponse de Tit-Vinz)   Jeu 6 Sep - 10:25

Hé ! L'été est presque fini !!!

La suite, la suite, la suite !!! lol!
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Orlamonde

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MessageSujet: Re: Le feuilleton de l'été (réponse de Tit-Vinz)   Dim 16 Sep - 23:35

Il fait chaud, c'est l'été.

Allez Tit-Vinz, on aimerait la suite du feuilleton !

sunny
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tit-vinz

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MessageSujet: Pour se rappeler l'été...   Mer 2 Jan - 18:28

Chapitre 3 : une arrivée en fanfare



Le temps passa sans plus de nouvelles. La Sorcière finit par se dire qu’elles avaient changé leurs plans, que leur visite était annulée. Hélas, par une matinée pluvieuse, alors que La Sorcière préparait un nouveau sortilège d’angine carabinée pour un village proche qui avait osé lui refuser le couvert, les trois sœurs rebelles arrivèrent.


Bien évidemment, comme à leur habitude, elles ne firent rien dans la simplicité, ni dans la discrétion. Tout commença par le chant flûté d’un oiseau de paradis, repris bientôt en cœur par une centaine de ses congénères. Intriguée, La Sorcière arrêta de compter les gouttes de venin de ragondin qu’elle versait dans sa marmite, et sorti sur le pas de sa porte. Dehors, le soleil brillait. Il faisait un temps magnifique pour le plein été. Hélas on était encore en hiver et hors de la clairière, la pluie continuait à tomber. Un micro climat assez étrange semblait baigner le lieu de villégiature de La Sorcière. L’arbre mort terrifiant, biscornu, survivant de bien des drames naturels, qui trônait depuis toujours au bord de la mare putride était devenu un fier chêne aux racines solides et au tronc droit. D’ailleurs la mare aux odeurs fétides semblait s’être transformée en une claire fontaine, où on mourrait d’envie d’aller se balader, et même de s’y baigner, tellement l’eau semblait belle. Sur les branches du majestueux chêne, des dizaines d’oiseaux multicolores, habitués des forêts exotiques ou des cages dorées des nobles lançaient au soleil rayonnant des trilles joyeuses.


La bouche de La Sorcière se pinça d’énervement. De tels oiseaux avaient autant de chances de survivre ici en plein hiver qu’une motte de beurre au milieu d’un feu de forêt. Quelque chose définitivement n’allait pas. L’herbe noirâtre et clairsemée de la clairière s’était transformée en un gazon d’un vert émeraude, un gazon si bien entretenu qu’il aurait pu rendre jaloux les propriétaires de certains terrains de golf pour richissimes nababs. De petits écureuils jouaient sur l’herbe, courrant après une pomme de pin. Un faon, semblait discuter avec un petit lapin. On sentait partout joie, gaieté et bonheur de vivre. Un arc-en-ciel traversait le ciel, parant le tableau des dernières couleurs qui lui manquaient.


Définitivement les choses ne tournaient pas rond ici ! Aussitôt La Sorcière passa en revue les contre-sorts qu’elle pouvait utiliser : il s’agissait peut-être là d’une attaque sournoise d’une de ses concurrentes, qui cherchait ainsi à la discréditer. Toute à ses réflexions, elle ne remarqua pas tout de suite que le silence s’était fait tout autour. Tous les petits animaux avaient levé le museau vers le firmament. Peu à peu, elle perçu, comme arrivant de l’infini, ce drôle de bruit. C’était étrange. On avait l’impression que des clochettes, des sifflets arrivaient petit à petit de très loin, tout doucement. Cela faisait presque une musique, une chansonnette, mais quand l’oreille pensait avoir repéré un refrain, un air sûr, tout changeait de nouveau.


La Sorcière leva les yeux en l’air. Trois formes élégantes descendaient doucement, flottant, virevoltant, dans les airs. On aurait dit trois plumes colorées. Une plume rose, une plume verte et une plume d’un bleu profond. Aube, Zénith et Crépuscule.


La Sorcière jura consciencieusement tout en observant le ballet envoûtant des trois jeunes filles. Elle avait espéré qu’elles avaient changé d’avis, qu’elles s’étaient perdues, qu’elles avaient attrapé une leucémie foudroyante. Bref, elle avait espéré qu’elles ne viendraient pas.


Hélas elles étaient là, radieuses, posant enfin le pied au sol, à quelques pas de leur cousine. Une sourire radieux, qui rayonnait de gentillesse et de bonté éclairait leurs visages. Un sourire à rendre malade la plus honnête des sorcières. Deux secondes plus tard, les trois jeunes filles étaient collées à leur cousine, l’étouffant sous les embrassades les plus empressées, dansant de petites rondes autour d’elle, piaillant toutes les trois en même temps sur le temps, le voyage, le plaisir de la revoir en pleine forme, mais elle avait l’air d’avoir vingt ans de moins, et les amours, et….


Un calvaire pour une sorcière modèle.
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tit-vinz

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MessageSujet: Eté en hiver   Mer 6 Fév - 11:56

Chapitre 4 : le début des ennuis


Pour couper court à cette épreuve, La Sorcière prétexta un travail urgent – ce qui n’était qu’un demi mensonge, vu toutes les commandes qu’elle avait à honorer – et entraîna ses cousines vers son cottage. Aube et Zénith se virent attribuer la chambre en pain d’épice – pièce incontournable pour toute bonne sorcière respectueuse des convenances – et Crépuscule eut droit au canapé du salon. Les trois sœurs firent prestement apparaître un gigantesque amas de bagages dans lesquels elles se mirent à fouiller pour trouver une tenue appropriée au moment de la journée.


Pendant ce temps là, la maîtresse de maison préparait une légère collation pour les trois voyageuses : œufs de perdrix à la sauce infernale, cuisses de sauterelles grillées (long à préparer mais d’une finesse incomparable), nectar de nénuphars, sucres d’orges. Les trois jeunes filles se jetèrent dessus, avalant tout ce qui leur tombait sous les yeux.


Tout en mangeant, et toutes à la fois, elles racontèrent à leur cousine leurs aventures et les raisons de leur venue ici : elles avaient entendu dire que La Sorcière avait trop de travail et venaient se proposer comme assistantes… allons allons pas de bavardages, elles le faisaient avec plaisir car après tout il fallait bien aider la famille, et de toute façon elles commençaient à se rouiller là où elles étaient… pas d’inquiétude à se faire, elles connaissaient leur métier, après tout elles aussi avaient eu leur diplôme de sorcières (la troisième fois au rattrapage certes – et encore parce que l’examinateur ne voulait plus les revoir – mais l’important n’est-il pas de l’avoir ?)… taratata plus de discussions !

Contrariée et un peu inquiète (elle connaissait bien ses cousines), La Sorcière réfléchit rapidement aux tâches qu’elle oserait confier aux trois sœurs. Il fallait que cela soit des missions assez peu importantes pour ne pas ruiner son image, mais assez impressionnante pour que les jeunes filles ne se doutent de rien.


A Aube, elle demanda d’aller lancer une malédiction sur un jeune paysan qui, le pendard, avait escroqué un de ses aînés d’une belle chèvre dodue.

Zénith reçu pour mission de préparer un philtre d’amour pour le Père Lustucru, un vieux coquin qui souhaitait faire succomber une jeune veuve des environs, dame Michelle, mère de deux jeunes garçons.

Crépuscule fut chargée d’aller apporter à l’ogre de la forêt son repas du soir.


Puis l’esprit presque tranquille – après tout que pouvaient-elles faire de grave, elles étaient majeures et responsables quand même – La Sorcière parti au château parler à la Reine qui l’avait fait mander.


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tit-vinz

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MessageSujet: Première mission   Jeu 7 Fév - 19:32

Chapitre 5 : la terrible punition de l’escroc


Les trois sœurs, laissées seules par leur cousine, décidèrent, pour accomplir au mieux leurs différentes tâches de travailler ensemble. Après tout se dirent-elles, plus nombreuses nous sommes pour faire quelque chose, plus vite nous achèverons le travail.


Elles partirent donc à la recherche de Jules Seguin, le jeune escroc paysan. Il vivait dans un village à une bonne heure de vol en balais1. Jeune homme malingre et rachitique, il était le cinquième et dernier fils d’une famille d’ouvriers agricoles, et avait compris dès son plus jeune âge que la meilleure solution pour s’en sortir était la truande. Il avait fait de vilains coups avec des bandes diverses, détroussé quelques voyageurs isolés, pillé quelques masures sans défenses. Loin d’être stupide, il avait cependant commis tous ces larcins loin de son village de naissance et jouissait donc chez lui d’une réputation de bon et honnête jeune homme, peut-être un peu fainéant, mais toujours débrouillard. Spécialiste de coups fourrés, il avait récemment, plus par vengeance personnelle que par appât du gain, joué un bien vilain tour à l’un de ses frères, lui soustrayant habilement une magnifique chèvre qui devait être vendu lors de la prochaine foire. Afin de cacher son méfait il mit cette disparition sur le compte d’un hypothétique loup à la dent dure et l’appétit féroce.


Ce qu’il fit de cette chèvre, nul ne le su jamais. Toutefois, son frère se douta rapidement de l’identité du coupable. Ce n’était pas la première fois qu’il subissait de la part de son cadet un tel traitement. Il décida, même si il n’avait aucune preuve tangible, de se venger et fit donc appel à La Sorcière pour qu’elle jette une malédiction désagréable – sans être trop horrible – à son « moins que rien » de frère. Il espérait qu’après cette leçon, le jeune homme deviendrait plus sage.


Arrivées près de la ferme où vivait la victime de Jules, les trois soeurs se présentèrent rapidement au commanditaire et demandèrent à êtres conduits chez Jules. Courageux mais certainement pas téméraire, le frère revanchard leur montra de loin la maison où vivait Jules, une bâtisse solide payée avec certainement avec l’argent malhonnêtement acquis. En chemin, il leur avait raconté par le menu ce que son frère lui avait fait subir.


Les trois sœurs, qui aimaient les entrées ne manquant pas de panache, firent s’ouvrir grand la porte du logis et précédées d’une nuée de papillons multicolores et la silhouette nimbée de flammes, entrèrent dans le logis. Elles trouvèrent rapidement leur cible qui dînait d’une chiche soupe de légumes (il avait la veille un peu trop fêté son dernier vol et avait encore l’estomac un peu barbouillé).


Aube prit alors la parole : « Jules ! Méchant garçon ! N’as-tu pas honte de tout ce que tu as fait ! C’était mal ! Il te faut maintenant recevoir ta pénitence. Voici ta malédict…

- Une malédiction, c’est peut-être un peu sévère pour une petite chèvre de rien du tout », l’interrompit Zénith.



Aube se retourna vers sa sœur, fâchée d’avoir été ainsi interrompue. Elle avait passé tout le vol à peaufiner son discours et elle n’en était pas peu fière. Elle aurait préféré pouvoir le déclamer d’une voix plus profonde, plus pénétrante, mais enfin, ce n’était déjà pas si mal. Finalement ça avait l’air de quelque chose et le jeune paysan semblait terrifié.


« Zénith, laisse-moi finir ! Après tout c’est ma mission à moi ! » répliqua-t-elle d’un ton soudain boudeur.

« Mais enfin, tu ne vas quand même pas lui faire subir les pires tourments pour un petit tour assez inoffensif finalement ? » argumenta sa sœur

« Mais non, mais non, calmez-vous un peu toutes les deux » tempéra Crépuscule. « Nous allons bien trouver quelque chose de bien. Jeune homme excusez-nous, nous allons nous concerter. »


S’en suivit un long conciliabule des trois sœurs. De temps en temps un regard appuyé était lancé au jeune paysan qui se recroquevillé alors un peu plus sur sa chaise. Finalement les trois apprenties sorcières semblèrent se mettre d’accord et se retournèrent vers leur victime


Ce fut Aude qui reprit la parole. Elle respira profondément. Elle s’éclaircit la voix et commença :


« Jules, voici donc le sort que nous te réservons ! Dès demain, je te le prédis tu seras gravement… »

Un toussotement se fit entendre dans la direction de Zénith.

« … tu seras moyennement… »

Cette fois-ci c’est Crépuscule qui sembla prêt à tousser.

« … tu seras un peu blessé aux mains. Tu te blesseras en arrachant à mains nues un rosier.»

Elle se retourna vers ses sœurs.

« Cela vous convient ? »

Oui répondirent les deux autres. Zénith hésita un instant puis ajouta, se retournant vers Jules : « Ce rosier sera magique et gardera la porte d’entrée d’un grand château, dans lequel sommeille une belle princesse que seul un besoin peut réveiller.»


Rayonnante elle se retourna vers ses deux autres sœurs.

« Alors, que pensez-vous de mon idée ? Cela nous permet de réparer notre bourde de la dernière fois.

- Pas mal du tout », reconnut Aube.

« Il faut dire que c’est bien trouvé », opina Crépuscule.


Alors, ayant rempli leur mission, et ignorant majestueusement Jules et son air hagard, elles sortirent tranquillement,

Le cadet des Seguin, qui n’avait toujours pas encore tout compris à ce qui s’était passé, recommença à respirer : l’arrivée de ces trois femmes l’avait pris complètement par surprise. Il entendit sa porte s’ouvrir de nouveau. Il retint son souffle, voyant apparaître dans l’encadrement la plus jeune des trois sœurs.


« Heu… » commença Crépuscule, « si vous comptez essayer de réveiller la princesse endormie, comme ça, en passant, n’hésitez pas hein ! Par contre évitez de lui dire que vous êtes paysan, dites plutôt prince ou chevalier. Et changez de prénom. Jules, ça ne fait pas très sérieux pour le sauveur d’une princesse. »


Puis la jeune fille remonta sur son balai et s’envola pour rejoindre ses sœurs qui l’attendaient un peu plus long.

Toutes trois partirent alors régler cette histoire de philtre d’amour.
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tit-vinz

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MessageSujet: Deuxième mission   Jeu 21 Fév - 0:09

Chapitre 6 : chats et philtres d’amours

Dans un coin reculé du royaume, à mille miles de toute terre habitée, enfin de toute autre terre habitée, un voyageur un tant soit peu curieux pouvait tomber, au hasard de ses pérégrinations sur un petit village perché au sommet d'une colline un peu triste. Le lieu ne respirait pas la gaieté. Quelques petites maisons rachitiques, toutes de guingois, surplombaient de grands champs. Un peu à l'écart on pouvait apercevoir un étrange manoir de pierre. Habitait là l'une des figures du royaume, un vieillard excentrique fort riche, possédant à lui seul plus de terres arables que l'ensemble des paysans du royaume.

Comme il ne pouvait guère entretenir seul tous ses champs, il possédait de nombreux serfs, employait de nombreux contremaîtres et louait, à des tarifs bien sûr exorbitants, certains terrains aux paysans les plus riches, ou plutôt les moins pauvres. Toutefois, il avait décidé de continuer à gérer directement une petite partie de son domaine. Officiellement, il s'agissait pour lui de ne pas perdre le contact avec la terre. Officieusement, on savait dans les milieux autorisés qu'il en profitait pour s'adonner à son plaisir secret : écraser, harceler psychologiquement des personnes en position de faiblesse. C'était pour lui une source inépuisable de contentement.
Il avait choisi, pour ses basses-oeuvres, un endroit reculé, un endroit où peu de voyageurs passaient, un endroit qu'on oubliait sitôt qu'on l'avait quitté. Il tenait tout le village d'une main de fer, dans un gant de ce qui pouvait passer pour un habile mélange d'acier et de plomb. Rares étaient ceux qui le croisaient sans trembler. Partout sa réputation le précédait et il portait sur son visage les stigmates de sa méchanceté contenue. On lui attribuait bien des surnoms, tous plus horribles les uns que les autres. Il s'appelait Don Lustucru mais dans le village, tout le monde l'appelait le Père Lustucru.

En bref, la joie ne régnait pas sur cet endroit. Pour trouver des oiseaux noirs qui croassaient lugubrement, pour pleurer et se lamenter, ça on trouvait du monde. Par contre dès qu'il s'agissait de pépier gaiement, de danser des farandoles et de raconter des bonnes blagues, plus personne.
Allons il faut être honnête. Si le voyageur avait osé rester un peu dans ce village, s'il avait parlé avec les gens, il aurait su que l'espoir et la bonne humeur n'avaient pas encore complètement disparu du lieu. A l'opposé du manoir, dans une petite bicoque colorée vivaient une jeune veuve et ses deux garçons. Son mari était mort lors d'une des quelques guerres qui s'était perdue dans ce coin du royaume. Malgré cette perte, elle avait continué à s'occuper de tout, faisant le travail de deux adultes, pour que ces fils ne manquent de rien (ou plutôt n'en manquent pas plus qu'avant).
Pour tous elle avait un sourire, un mot gentil, une petite attention. Quand on toquait à son huis, elle répondait toujours présente. On ne la voyait jamais triste. Sa joie de vivre illuminait la vie des autres villageois. Elle n'était pas mieux lotis qu'eux, bien au contraire. Pourtant elle semblait toujours heureuse, fraîche comme la rosée, blonde comme les blés. Elle, s'appelait Michelle, mais par habitude les villageois l'appelaient "la mère Michelle".

Ses fils ressemblaient beaucoup à leur père. Bruns de cheveux, taciturnes, ils étaient l'exact opposé de leur mère. Ils semblaient toujours ruminer de sombres pensées, de noires humeurs. Quand ils parlaient à leur mère, c'était pour lui donner des ordres ou faire une critique. L'aîné, âgé de douze ans voulait devenir soldat. Il était violent et se battait avec tout le monde. Le second rêvait d'entrer au service du Don.
Les autres villageois plaignaient souvent la pauvre mère d'avoir de tels enfants.

Dans le foyer, le seul qui semblait vouer un amour sans borne à Michelle était Alphonse. Ce chat miteux, couvert de cicatrices, borgne, avait trouvé refuge chez la mère Michelle par une sombre nuit d'orage. Il saignait abondamment et on avait cru pendant quelques jours qu'il ne survivrait pas. Mais il avait survécu et était resté.

Hélas, trois fois hélas, une sombre menace planait sur la pauvre Michelle.
Lustucru avait décidé d'épouser la veuve.

Il se faisait vieux. Il commençait à avoir des absences et s'oubliait régulièrement dans son lit. Il avait poussé sa dernière femme de chambre à la folie et son cuisinier terrorisé ne préparait plus que des brioches.
Le Don se sentait bien seul. Et comme à son habitude, il avait décidé de prendre ce qu'il voulait. Après tout à quoi servait la richesse se disait-il, si ce n'est à obtenir ce que l'on voulait. Son choix s'était donc porté sur la plus belle femme du village. Il faut dire que le cadet de la veuve avait vanté les mérites de sa mère. Après tout se disait-il, il tenait là une chance de se rapprocher de son rêve.

Hélas pour Lustucru, il s'était heurté à une résistance incroyable. La veuve avait refusé toutes ses avances, ses cadeaux et ses propositions. Elle n'avait pas non plus voulu écouter ses fils. Elle ne voulait pas se marier avec lui, préférant, idée grotesque pour le Don, si elle devait se remarier un jour, le faire par amour.
L'argument aurait certes fait rire le pervers vieillard, si cela n'avait pas contrarié ces plans.
Il avait essayé de la convaincre en kidnappant son chat et en menaçant de le tuer. Tout en pleurant comme une fontaine, elle avait réitéré son refus.

Excédé, il avait donc décidé de faire appel à Ses services.
Il était suffisamment riche pour acheter un philtre d'amour du meilleur tonneau. Il avait donc passé commande d'une boisson qui résoudrait son problème.
Depuis que son courrier était parti par pigeon, il attendait fébrilement l'arrivée de La Sorcière.

Aussi quelle ne fut pas sa surprise un beau jour de voir arriver non une mais trois personnes, juchées sur des balais décorés de rubans. Il faut avouer qu'il s'attendait plutôt à la visite d'une vieille femme au long nez crochu et au visage pourvu d'au moins deux à trois grosses verrues. Et là devant lui atterrissaient trois resplendissantes jeunes femmes.
Ceci dit pensa-t-il, ce qui compte au final, c'est les résultats, rien que les résultats. Il brossa donc le tableau général de la situation, exposa ses attentes et pour conclure le marché, tendit un énorme sac d'or. Étonnamment - du moins de son point de vue - aucune des trois ne fit mine de prendre le paiement. Elles semblaient interloquées par le récit qu'il venait de faire. Elles demandèrent à aller voir la veuve, afin de se rendre compte par elles-mêmes de la situation. La requête rassura le vieillard. Il avait bien affaire à des professionnelles qui étudiaient le problème sous tous ses angles afin d'apporter à leur commanditaire la réponse la plus adaptée. Il donna son accord à la requête.

Les trois soeurs partirent donc se promener dans le village, en profitant pour rendre visite à la veuve joyeuse.
Quelques heures plus tard, elles étaient de retour devant le manoir du vieillard.
Lustucru descendit chercher son philtre. Le soir tombait sur le royaume. Un soleil rouge sang embrasait la scène. Les oiseaux s'étaient tus. La cloche du village se mit à sonner. Les trois soeurs semblaient plus sombres, comme tracassées. Elles semblèrent hésiter quelques secondes, puis Zénith se décida enfin et tendit une bouteille au Don. A l'intérieur, on pouvait apercevoir un liquide noirâtre.

- Nous venons de le préparer. Avalez-le immédiatement, cela devrait résoudre tous les problèmes, expliqua-t-elle.
- Immédiatement ? questionna Lustucru interloqué. Mais ce n'est pas plutôt à celle que je convoite de boire le philtre. Je croyais que les choses marchaient ainsi.

Zénith jeta un bref regard à ses deux soeurs puis répondit :
- Non, non croyez nous, c'est à vous de boire ça.

Le Don, après un instant d'hésitation, ouvrit le flacon. Il eut aussitôt un mouvement de recul. Une odeur effroyable émanait du liquide. Une odeur presque palpable. On avait l'impression de respirer la pire des fosses sceptiques qui se serait déversé dans le plus horrible des égouts - en plus fort peut-être même.

- Allons, allons, buvez ! Ça ne vous fera pas de mal !

En grimaçant, le Don absorba d'un coup le contenu du flacon. Aussitôt il devint blanc comme un linceul. Une transpiration malsaine couvrit son corps. Des spasmes semblèrent le saisir.

- Mais ce n'est pas possible ! grinça-t-il. Que m'avez-vous fait boire ?
- Et bien, répondit Zénith, pour être tout à fait exacte, vous avez absorbé l'aura de méchanceté qui plane en ce lieu. Et c'est elle qui vous rend malade. Aussi pour vous soigner, vous n'avez qu'une chose à faire. Rendre les gens d'ici heureux. Plus ils seront heureux, mieux vous vous porterez. Allez donc dire à la mère Michelle que son chat n'est pas perdu, ni mort, Don Lustucru. Et faites un effort. N'oubliez pas, le bonheur des autres sera votre guérison.
- Argh... gragu...
- Allons, allons, cher Don. Nous faisons ça pour le bien de tous. Et maintenant si vous voulez nous excuser, il nous faut partir.

Et d'un même mouvement, les trois soeurs bondirent sur leurs balais et s'envolèrent dans le soleil couchant, laissant Don Lustucru à terre, grimaçant et geignant.
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MessageSujet: Troisième mission   Lun 3 Mar - 18:50

Chapitre 7 : qui dort dîne

Tout en volant, les trois soeurs discutaient âprement. En effet un dilemme se posait à elles. Il commençait à se faire tard, et elles avaient très envie de rentrer pour pouvoir profiter d'un bon bain moussant. Mais il restait encore cette histoire d'ogre à nourrir. Quelle barbe ! Aube et Zénith étaient d'avis de reporter la tâche au lendemain, Crépuscule hésitait. Mais bien vite, les arguments de ses deux soeurs eurent raison de l'indécision de la cadette.

Après tout les ogres étaient toujours trop gros. Et ils étaient connus pour avoir une alimentation déplorable. On était bien loin des repas équilibrés, comportant de multiples fruits et légumes que l'on pouvait trouver sur les grandes tables de royaumes plus civilisés. D'ailleurs les trois soeurs avaient le souvenir d'un cours sur les ogres où on leur avait appris qu'ils se nourrissaient parfois d'êtres humains. Un petit jeun ne lui ferait pas de mal. Elles se promirent d'aller le nourrir le lendemain matin, dès les premières lueurs. Avec une nourriture saine et équilibrée.

Satisfaites de la solution qu'elles avaient trouvée à ce problème, elles rentrèrent tranquillement chez La Sorcière. Elles trouvèrent la maison vide. Apparemment leur cousine n'était pas rentrée de son voyage. Elles s'installèrent pour la soirée. Après tout, après une bonne journée de travail, tout le monde avait le droit à un peu de détente. Et leur cousine serait certainement fière d'elles. Elles avaient fait les choses bien.

Le lendemain matin, l'aube trouva les trois soeurs profondément endormies. Elles n'avaient jamais eu l'habitude de se lever tôt. Ce n'est que vers midi qu'on les vit émerger de la maison. Elles se préparèrent tranquillement, firent un peu de ménage. Elles en profitèrent pour changer un peu la décoration, afin qu'elle soit plus à leur goût. Quelques fleurs de paradis dans le jardin. Des oiseaux multicolores aux fenêtres. Elles plantèrent quelques citrouilles dans le potager - après tout, on pouvait toujours avoir besoin d'un bon carrosse. Au bout de quelques temps, la maison avait complètement changé d'apparence. Et ce n'était pas juste la maison mais tout le petit bois qui l'entourait. Il semblait plus joyeux, plus gai. Il semblait inviter à la flânerie et aux pique-niques du dimanche. Un vrai petit coin de paradis.

Ce n'est que dans le milieu de l'après-midi qu'elles se souvinrent de l'ogre. Elles préparèrent un panier, composé de fruits secs, de fromage et de pain, et s'envolèrent. Quelques temps plus tard, et grâce aux indications laissées par leur cousine, elles survolaient un immense château noir. Il semblait absorber la lumière, obscurcir tout ce qui l'entourait. Une tour immense dominait tout le château. Nulle part on ne voyait de lumière. Nul bruit ne se faisait entendre.
La demeure semblait déserte.

A l'entrée principale, une plaque en marbre blanc indiquait : "Résidence de l'ogre. Pas de publicités s'il vous plaît." Le portail était ouvert.
Les trois soeurs entrèrent dans l'impressionnant bâtiment. Elles ne semblaient pas touchées par l'aura de peur qui planait un peu partout. Elles devisaient gaiement de choses et d'autres, les dernières modes dans les cités libres, les amours contrariées d'un quelconque roi avec une domestique, les nouvelles baguettes qui, disait-on, devaient sortir à l'occasion de la nouvelle collection automne-hiver. Elles finirent pas atteindre le pied de la tour. La porte était ouverte sur un sombre escalier. Une odeur désagréable, mélange de pourriture, de renfermé et de viande avariée, s'en dégageait. Les soeurs sortirent des mouchoirs de leur manche, se masquèrent le nez avec et entrèrent dans la tour. La montée fut longue et assez difficile. Les marches étaient hautes, façonnées pour des enjambées de géant aurait-on dit, et le manque de lumière rendait la progression tâtonnante.

Elles finirent quand même, après ce qui leur parut être une éternité, par atteindre le sommet de la tour. Elles découvrirent une chambre spacieuse. D'immenses fenêtres offraient au visiteur une vue panoramique sur la région. D'ici on pouvait facilement surveiller tout personne approchant. La propreté ne semblait pas être, toutefois, la considération principale de l'occupant. Des reliefs de nourriture traînaient partout - carcasses, rôtis, volatiles - on voyait des os partout. Mais au grand désarroi des soeurs, là non plus, aucun ogre.

Elles redescendirent donc. Arrivées en bas de la tour, les trois soeurs transpiraient abondamment. Il faut dire qu'elles n'étaient pas habituées à l'exercice. C'est donc au pied de ses appartements, en train de respirer bruyamment, rouges comme des tomates, que l'ogre les trouva en rentrant chez lui. Il venait à pied, d'une démarche légère. Il avançait à grandes enjambées, sans doute en partie grâce à ses bottes de sept lieux. L'oeil connaisseur des trois soeurs ne manqua pas de noter qu'il s'agissait là d'un modèle à la toute dernière mode, avec réglage des vitesses possible, et semelle en cuir renforcé.
En les voyant, l'ogre s'arrêta net. On aurait dit un homme, en modèle géant. Il faisait plus de trois mètres. Il n'était pas vraiment gros, juste un peu enveloppé. Son visage disparaissait sous une énorme barbe noire. Seul en ressortait un nez de rapace. Et deux petits yeux noirs et brillants.

- Qui êtes-vous ? mugit-il. Sa voix ressemblait à un flot de cailloux roulant sur un lit de graviers. Une voix qu'on ne pouvait pas ignorer.

Crépuscule expliqua rapidement qu'elles aidaient Leur Cousine, qu'elles étaient là pour lui apporter à manger et qu'elles avaient pour lui pain, fromage et fruit.
A ces mots, l'ogre partit dans un grand fou rire.

- Houhouhou, hahaha... jeunes filles vous arrivez trop tard. Ne voyant personne venir, et commençant à avoir très faim, je suis parti me chercher une petit collation. Huhuhu; Du fromage et du pain. Et des fruits. C'est vraiment trop drôle, il faudra que je la raconte celle-là ! Enfin la prochaine fois essayez d'être ponctuelles. Parce que je ne suis pas sûr qu'ils apprécient ça tous les jours ! Bah de toute façon ils ne peuvent rien me faire, les sorts de la forêt et du château me protègent... Bon je vais aller me faire une petite sieste moi, bailla-t-il finalement. Merci quand même jeunes filles. A la prochaine.

Puis après un dernier salut aux trois soeurs, il rentra dans la tour.

Les trois soeurs reprirent donc leur panier, et prirent le chemin du retour. Bah, se disaient-elles, finalement, elles avaient rempli leurs tâches, l'ogre était nourri. Et puis ça ne pouvait pas lui faire de mal d'apprendre à être autonome. Rassérénées, elles décidèrent de rentrer à pied, à travers la forêt, pour profiter du temps magnifique. Elles commencèrent donc à déambuler. Partout où elles passaient, le bois auparavant sinistre se couvrait de fleurs multicolores et résonnait de chants d'oiseaux. Les plantes poussaient, des écureuils trottaient gaiement, des lapins jouaient avec des renards.

Tout à coup, alors qu'elles devisaient gaiement, elles virent surgir sur le sentier devant elles un groupe d'hommes d'apparence fort belliqueuse. En tête venaient deux chevaliers à l'armure étincelante. Ils étaient suivis par leurs pages. De jeunes garçons, armés de petites épées et portant le bardas de leurs maîtres. Derrière venaient des paysans, vêtements rapiécés et piques de bois à la main. Enfin quelques hommes, moins lourdement armés suivaient. Ces derniers ne semblaient suivre les premiers qu'à contre-coeur, comme forcés. Fermait la marche un petit homme fluet à l'air maussade. Il ne portait sur lui qu'une petite tunique et n'était apparemment pas armé. Il y avait bien là une vingtaine de personnes. Prêtes à en découdre. En colère. Un brouhaha planait. Quelques cris, quelques jurons ressortaient parfois. "Plus jamais ça ! ... Je veux sa tête ! ... Une génisse entière ! ... Ma femme était morte de peur... Mordious ! ... Sur ma tête, je ne laisserai plus de telles choses arriver ! ..."

En voyant les trois soeurs, la foule s'arrêta - après quelques bousculades et jurons - et se tut. Un des chevaliers - celui dont l'armure semblait la plus étincelante - s'approcha.
- Bonjour à vous damoiselles ! commença-t-il. Je suis Sire Lanceval de Maltuis, chevalier de l'ordre des Carilléristes, protecteur du bas peuple, pourfendeur de dragons, tueur de géants et défenseur du Royaume. Qui êtes-vous donc pour oser vous promener ainsi dans cette forêt maudite ? Encore un sortilège destiné à nous conduire à notre trépas ? Ha ha ! Si cela est, démones, vous ne réussirez pas !
- Du calme preux chevalier répondit Crépuscule. Mes soeurs et moi-même ne sommes pas là pour vous causer des problèmes. Mais pourriez-vous nous donner la cause de cette foule en colère ? La raison de votre émoi ? Vous m'avez tous l'air fort courroucés.
- Ah gente demoiselle, votre voix cristalline m'a convaincu. Vous n'êtes pas une engeance démoniaque. Je suis désolé de vous avoir accusé à tort, vous et vos soeurs. Mais il faut dire que la situation tragique dans laquelle nous sommes nous fait perdre parfois tout discernement. Il y a quelques heures, un monstre horrible, une menace pour le royaume, l'ogre qui hante cette forêt maudite est venu dans un village voisin et y a fait un carnage. Les rares bêtes qui avaient survécu à l'hiver ont été dévorées. Et deux enfants ont disparu, probablement emportés par la bête. Cela ne peut continuer. Nous ne faisions rien tant qu'il restait dans la forêt. Mais maintenant nous n'avons plus d'autres choix que de nous défendre. Il nous faut éliminer cette menace. Hélas, depuis que nous sommes entrés dans ce bois maudit, nous tournons en rond. Sans doute un maléfice de cette créature. Et pourtant, si nous parvenions jusqu'à lui, en utilisant les paysans qui nous suivent comme appâts et bouclier humain, nous pourrions approcher et défaire ce monstre, j'en suis sûr !

Les trois soeurs se regardèrent. Un dialogue muet sembla se dérouler entre elles. Puis Crépuscule reprit la parole.
- Preux chevalier, votre discours est noble. Vos intentions pures. Nous allons vous aider à traverser cette forêt. Voici une feuille magique, dites-lui l'endroit que vous voulez atteindre, soufflez trois fois dessus et elle vous guidera. Nos voeux vous accompagnent chevalier.
- Merci à vous damoiselles. Moult troubadours chanteront vos louanges. En avant vous tous !

Et sans un regard en arrière il fit avancer sa monture. La troupe se mit en branle derrière lui, les derniers traînant manifestement du pied. Le petit homme fluet paraissait le moins enthousiaste de tous. Lorsqu'il passa devant les trois soeurs, il s'arrêta :
- Excusez moi de vous déranger bonnes fées - car j'ai reconnu votre nature derrière vos artifices - pourriez-vous m'aider. Je ne suis qu'un pauvre tailleur, guère vaillant. Mais tout à l'heure, j'ai réussi à tuer sept mouches d'un coup, et comme je m'en vantais, les gens ont pensé que j'avais tué sept de ces horribles monstres que nous allons maintenant combattre. Ils m'ont donc entraîné dans leur folie. Mais je ne sais pas me battre. Je ne suis qu'un tailleur. Ce n'est qu'un malheureux concours de circonstances.
- Allons, allons, jeune homme, répondit Zénith. Ne vous inquiétez pas comme ça. Un homme vaillant ne doit pas reculer devant l'adversité. Je vais vous aider. Cette aiguille magique vous permettra d'en découdre avec n'importe qui ou n'importe quoi. Et ce chapeau merveilleux vous permettra de trouver partout votre chemin au milieu des dangers. Avec ça, vous êtes intouchable. Et si vous sauvez le royaume, pensez à tout ce que le roi vous accordera. Faites nous confiance. Ah, un dernier conseil quand même, ne vous jetez pas en avant du danger. Prudence est mère de sûreté dit-on souvent.

Rasséréné, le tailleur reprit son chemin, trottant pour rattraper le gros de la troupe.

Les trois soeurs se remirent en route. Elles discutèrent du bien fondé de leurs interventions. Leur Cousine allait-elle avoir le même point de vue qu'elles sur la question ?
Certes elles avaient rempli leurs tâches. Mais peut-être trouverait-Elle qu'elles en avaient un peu trop fait. Cependant, après quelques échanges, elles arrivèrent à la conclusion qu'elles avaient agi pour le bien de tous. Elles avaient fait le bonheur des gens et c'était bien là ce qu'on attendait d'elles. Sûres d'être dans leur droit, elles sortirent de la forêt, bondirent sur leur balais et rentrèrent chez leur Cousine.

Mais la maison était vide. La Sorcière n'était toujours pas rentrée. Une semaine plus tard, les trois soeurs étaient encore seules. Afin d'éviter que leur Cousine ne prenne trop de retard dans ses missions, elles décidèrent donc de continuer à effectuer les tâches à sa place. Après tout, elles ne se débrouillaient pas mal du tout à ce petit jeu.
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MessageSujet: oups, i did it again   Lun 3 Mar - 18:54

Epingle est mère de sureté !! (Après tout il était tailleur*)
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ok, je sors.

(* il n'était donc pas là.)
Le clown est en moi. jocolor
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MessageSujet: Meanwhile   Ven 14 Mar - 14:33

Chapitre 8 : les difficultés de la royauté

Laissons là Aube, Zénith et Crépuscule, et partons retrouver La Sorcière. Survolons donc l'épaisse forêt qui entoure Sa demeure, traversons champs et prés, lacs, rivières et bosquets. Notre objectif ? Le bord ouest du Royaume, au bord de la mer. Là se dresse la Cité Royale, joyau de la côte. Une muraille de plus de trente kilomètres de long et quinze mètres de hauteur, d'une blancheur éclatante. Des bâtiments en pierre immaculés, des places et des fontaines partout. Des églises aux clochers couverts d'or. Et en son centre, le château royal. Entièrement de marbre blanc, il dresse fièrement sa tour principale, ornée de pierreries et de dorures, comme un défi aux éléments, au temps et aux dieux. Son port est le plus grand du royaume. On y trouve des produits venant des pays les plus lointains. Au hasard des échoppes, le long des jetées, on croise des étals d'épices, des tisseurs de soie, des prestidigitateurs ou des saltimbanques à louer. Seuls les nobles peuvent sortir du port et se promener dans le reste de la cité. Aucun paysan n'est accepté. Le Roi a, en effet décidé que leur présence ne ferait que ternir sa magnifique cité.

Par delà sa magnificence, la Cité Royale est aussi une citadelle inexpugnable. Protégée par de nombreux sorts, elle a vu de nombreuses armées se briser sur ses remparts. Aucun envahisseur n'a jamais réussi à y entrer. Il aura fallu des milliers d'hommes pour la construire, pour bâtir cet écrin somptueux. Écrin dont le seul et unique but est de protéger la royauté. La protéger et rehausser son éclat. Car le Roi, la Reine et leurs deux Princes ne quittaient que très rarement les murs de la Cité. Ils avaient suffisamment de distractions, protégés derrière les hauts murs, pour ne pas avoir besoin d'aller voir ce qui se passait dans le reste du Royaume. Le Roi, parfois, partait en guerre contre des Royaumes ennemis ou des rébellions paysannes.

Vivait également dans la Cité l'ensemble de la Cour. Lèches-bottes patentés, flatteurs émérites, flagorneurs de haut vol, on trouvait là la crème des courtisans et des complaisants. Tous les jours vingt, cinquante, cent nobles de tous bords venaient chanter les louanges de la famille royale, dans le but inavoué de grappiller quelques ors ou avantages, titres surnuméraires ou terres supplémentaires. Les femmes s'offraient toutes au Roi - car être la maîtresse royale offrait de nombreux avantages et de grands pouvoirs. Les hommes se proposaient comme chevaliers protecteurs pour les Princes ou la Reine.

Dans ce ballet ininterrompu de fanfreluches, de courbettes, de trahisons, de mots assassins et de vils sourires, une personne seule était au-dessus du protocole - ou plutôt, à côté, dans une zone obscure, pas vraiment définie. La Sorcière se promenait partout à sa guise.

Ce jour-là, elle se posa sur la terrasse des appartements royaux. Elle avait été convoquée par la Reine et n'avait pas envie de perdre du temps avec les demandes d'audience, autorisations et autres discussions avec l'un ou l'autre des chambellans. Après tout, Sa fonction lui conférait quelques droits et avantages.
La Reine l'attendait dans son boudoir. C'était une pièce sombre, chargée de fanfreluches, étouffante. Où que le regard se porte, il tombait sur des objets étonnants. Ici une chouette empaillée, là un vieux miroir poussiéreux. Dans un coin le tableau d'une ville en ruine. Sur le sol des piles de livres, aux couvertures défraîchies attendaient patiemment qu'une âme curieuse les feuillette. C'était là que la Reine passait le plus clair de son temps. Pour l'heure elle se tenait à son bureau, penchée sur ce qui semblait être une sphère de verre. Toute son attention était tournée vers l'objet, si bien qu'elle ne s'aperçut pas tout de suite qu'elle n'était plus seule.
Nullement pressée - la première qualité dans son métier étant la patience - La Sorcière attendit tranquillement que la Reine la remarque. A chaque fois qu'elle se trouvait en présence de la royale présence, elle ne manquait pas d'être stupéfaite par sa beauté.
Car la Reine était belle. De longs cheveux d'un noir plus noirs que la nuit la plus obscure, des yeux verts comme des émeraudes. Sa prestance, son charisme faisaient qu'à chacune des ses apparitions, la foule retenait son souffle pendant quelques secondes. Comme l'avaient chanté de nombreux troubadours, la Reine était certainement la plus belle femme du Royaume. Et elle le savait.

Au bout d'un certain temps, comme lassée de contempler la sphère de verre, la Reine poussa un grand soupir et releva la tête. Elle ne sembla pas surprise par la présence de La Sorcière.
- Ah, vous êtes là ! Bien, bien. Entrez, entrez, je vous en prie, et prenez un siège.
- Votre Grâce, salua La Sorcière d'un petit mouvement de tête.

Elle s'appropria une chaise et s'installa.

- Bien. J'ai besoin de votre aide, commença la Reine. Laissez-moi vous expliquer. Comme vous le savez, les temps sont durs dans notre Royaume. Les pays voisins lorgnent dans notre direction, la maîtresse actuelle de mon cher époux commence à prendre un peu trop ses aises, et mes deux chers fils grandissent très vite. Ils vont bientôt arriver à un âge où l'on se pose des questions : quel est mon rôle ici bas ? Pourquoi mon père ne m'a-t-il pas encore laissé le pouvoir en ayant la décence de trépasser ? Et si il arrive quelque chose à mon frère aîné ? Bref toutes ces questions que les jeunes hommes se posent à la puberté.
- Hum, hum, concéda La Sorcière.
- Et au milieu de tout ça, je suis , il me faut vous l'avouer, un peu démunie. Pas exactement sans défense, mais démunie quand même. Et puis rappelez-vous que je ne suis que la seconde femme du Roi. Il a répudié sa première épouse certes, mais pas avant qu'elle ne lui ait donné une fille - du moins affirme-t-elle que c'est l'enfant de mon mari. Et je n'aimerais pas que cette fille remontre le bout de son museau dans un moment difficile.
- Hum, hum, hum, commenta La Sorcière.
- J'ai donc décidé il y a quelques temps, continua la Reine, de me mettre un peu à la magie, histoire d'apprendre deux ou trois petits trucs qui pourraient me rendre service à l'occasion. J'ai acheté, de ci de là, des objets réputés magiques, des grimoires, des ingrédients. Mais rien n'y fait. Ça ne semble pas marcher ! C'est très énervant. J'ai essayé, essayé... tiens quand vous êtes arrivée, je tentais de consulter une boule de cristal. Rien ! C'est pourquoi, j'en viens enfin au fond de l'affaire, je me demandais si vous accepteriez de m'apprendre quelques sorts, comme ça.
- ...
- Oh je ne vous demande pas de tout m'apprendre bien sûr. Juste quelques petits trucs qui pourraient être utiles à une Reine. Prédire l'avenir, consulter les astres, faire...
- Cela va vous coûter cher votre Grâce, coupa La Sorcière. La magie est une affaire sérieuse, à ne surtout pas prendre à la légère. Il me faudra du temps, il vous faudra une assiduité à toute épreuve. Plus aucune sortie, plus aucun bal. Juste les études pendant au moins deux à trois mois. Au terme de cette période, vous maîtriserez quelques sorts bien utiles. Mais cela veut dire aussi que je ne pourrais pas entre temps remplir mes autres obligations. Et pour ça aussi vous devrez me dédommager.
- Qu'importe le coût ! Seul le résultat compte. Trois mois m'avez-vous dit ? Et bien soit ! Et pour être tranquilles, je vais annoncer dès aujourd'hui que je me retire dans mon château de plaisance, seule, pour une durée indéterminée. Toutefois, j'estime essentiel que personne ne soit au courant de notre arrangement. Je vous demande donc de ne le dire à personne ! Sommes-nous bien d'accord ?

La Sorcière réfléchit quelques secondes. Elle ne pourrait pas avertir ses cousines. Mais après tout ce n'est pas elle qui les avait invitées. Et puis moins elle les côtoierait mieux elle se porterait. Elle passerait trois mois tranquilles, et elles aussi. Parfait. Elle accepta donc l'offre de la Reine.

Le jour même, elles partaient toutes deux pour le château secondaire de la Reine. Elles savaient que le travail qui les attendait serait ardu.
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MessageSujet: Re: Le feuilleton de l'été (réponse de Tit-Vinz)   Mer 19 Mar - 17:11

Chapitre 9 : retour à la réalité
Trois mois passèrent. Trois mois d'intense labeur pour la Reine et Son Professeur. Trois mois de concentration, trois mois sans autres activités que des cours matin, midi et soir. Trois mois à répéter les mêmes sorts, à dire et redire les mêmes incantations. Trois mois complètement coupées du monde.
Mais les résultats étaient là et la Reine était assez satisfaite.

La Sorcière avait tenu sa promesse, elle connaissait maintenant quelques sorts assez impressionnants.

Elle avait appris à utiliser le miroir magique - acheté autrefois dans une brocante de la Cité Royale. Elle l'interrogeait régulièrement sur des sujets divers et variés : climat à venir, histoire d'un royaume voisin, résultats des concours de Reine de beauté dans le Royaume. Le miroir bien qu'un peu bougon parfois, lui répondait désormais à chaque fois.

La Sorcière lui avait aussi expliqué la préparation de certaines potions mineures. Somnifères, remèdes contre les maladies simples, antidote contre les poisons, poisons contre les antidotes. Elle lui avait même montré la potion d'amourettes, une potion légère, bien moins forte qu'un vrai philtre d'amour, qui créait entre deux jeunes gens une attirance légère et passagère. A l'école des sorcières lui avait-Elle expliqué, cela servait surtout à faire quelques blagues potaches.

Bien sûr certains domaines n'avaient pas du tout été abordé, sciemment ou par manque de temps. D'autres n'avaient pas été approfondis, la Reine n'ayant pas montré de bonnes prédispositions en tout. Elle était restée fermée à la lecture des cartes, à l'interprétation des runes et à l'analyse des résidus de boissons de toutes sortes. Elle n'avait montré aucun talent pour jeter des malédictions, même mineures, chacune de ses tentatives s'étant terminée par un échec.

Mais enfin, l'un dans l'autre, après ces trois mois, la Reine pouvait faire un peu de magie, et cela lui suffisait amplement. Elle avait hâte maintenant d'essayer ses nouveaux talents à la cour. De plus, même si elle ne se l'avouait pas franchement, les bals, l'effervescence du palais lui manquaient. Il faut dire que La Sorcière n'était pas la personne la plus sociable au monde. Elle parlait peu, souriait rarement et ne riait jamais. Elle avait la critique facile et la dent dure. Elle ne connaissait aucune des rumeurs dont bruissait l'entourage royal et surtout, au grand dam de la Reine, elle n'avait aucune connaissance des modes au goût du jour.

Il était temps de rentrer dans un lieu plus civilisé.

Le secret n'étant plus vraiment de mise, maintenant que l'objectif avait été atteint, l'apprentie magicienne royale et son Professeur particulier prirent la route un beau matin. On se serait cru le premier matin du monde. Un soleil radieux faisait briller les quelques gouttes de rosée qui restaient encore. Au loin on entendait le chant charmant des oiseaux, heureux d'accueillir cette aube nouvelle. Un petit ruisseau chantonnait le long de la route. Une magnifique journée de printemps. Le cheval de la Reine allait d'un pas gai et bondissant. Tout semblait respirer le bonheur.

En fin d'après midi, après un voyage sans encombres, elles arrivèrent en vue de la cité Royale. Pour atteindre les portes majestueuses, il leur fallait traverser les amas de masures délabrées qui depuis des temps immémoriaux bordaient la muraille royale. Dans ces quartiers vivaient les mendiants, les laissés pour compte, les rebuts de la société. Passer au milieu de ces taudis avait toujours été très désagréable à la Reine. On y sentait une pauvreté presque insupportable. Les gens semblaient avoir abandonné tout espoir de vie meilleure. Plus aucune flamme ne semblait briller dans leurs regards, plus aucune envie ne les animait. C'est pourquoi la Reine évitait autant que possible ces endroits, préférant rallonger son trajet et passer par un autre chemin pour rejoindre le château.

Mais aujourd'hui, pressée de retrouver l'animation de la cour, elle se décida à traverser ce quartier de misère. Après tout, il ne fallait pas qu'elle perde de vue complètement le bas peuple. Elle talonna son cheval qui partit au galop. Passer dans un quartier misérable certes, mais le plus vite possible quand même. Elle arriverait bien à jeter quelques piécettes au passage - voila longtemps qu'elle n'avait pas fait l'aumône. La Sorcière, tranquillement assise sur son balais, la suivit.

Toutefois, en arrivant au milieu des masures, la Reine sans le vouloir ralentit le pas. Il y avait quelque chose d'étrange dans l'air. La Sorcière aussi l'avait senti. Les gens, au regard habituellement si désespéré, semblaient plein d'allant. Partout on entendait rires et chants, tous arboraient de grands sourires, faisaient des signes de la main aux deux femmes. Elles virent même un groupe d'enfants danser gaiement autour d'un vieillard jouant du violon. Quelque chose ne tournait pas rond dans le coin.

Sans plus attendre, elles repartirent en direction du château. Aucun garde n'attendait devant les immenses portes grandes ouvertes. De plus en plus étrange. Afin d'interdire l'accès aux basses classes, les portes étaient normalement surveillées par un bataillon entier de soldats lourdement armés. Jamais les portes n'étaient laissées sans surveillance.

- Venez, dit la Reine, allons rendre hommage à monsieur mon époux ! Nous en profiterons pour lui dire que les portes sont ouvertes et non gardées !

Elle fila vers le château, filant à travers les rues pavées de marbre, ne jetant pas même un regard sur les magnifiques bâtiments qui bordaient les voies.
Elle entra dans la cour du palais, laissa son cheval devant l'écurie, et partit d'un bon pas en direction des appartements du Roi.

Le couple royal ne se fréquentait plus trop ces dernières années. Leurs principales obligations - une descendance mâle - remplies, ils avaient décidé de vivre chacun leur vie, se fréquentant occasionnellement lors de grands banquets, ou lors de la visite d'hôtes de marques. Le Roi avait fort à faire entre ses guerres, ses maîtresses et son royaume. La Reine trouvait à s'occuper avec les petits Princes, les bals et la direction du palais. Lorsqu'il leur arrivait de se croiser dans l'intimité, leurs rapports étaient distants mais cordiaux. N'auraient-ils pas été mariés qu'ils auraient pu être amis.

Aussi quelle ne fut pas la surprise de la Reine, en entrant dans la salle d'audience de son époux, de le voir sauter de son siège, la prendre dans ses bras et la faire tourbillonner autour de lui.

- Ah ma mie ! claironna-t-il. Vous voila enfin ! Dieu que vous m'avez manqué pendant ces cruels mois de séparation. Vous me semblez en pleine forme, vous qui volâtes mon coeur et l'emportâtes au loin. Ma mie, laissez-moi vous regarder ! Dieu que vous êtes belle !

Un tel débordement d'attentions laissa la Reine sans voix. Le Roi ne semblait pas vouloir cesser de la faire tourner, de la couvrir de baisers, de rire. Il se mit même à chanter. Les quelques membres de la cour présents ne semblaient pas troublés par le comportement du Roi. Ils souriaient tous de toutes leurs dents, certains fredonnant même alors que le Roi poussait la chansonnette.

Il fallu un toussotement appuyé de La Sorcière pour que l'Auguste Majesté cesse son manège. Il se tourna vers celle qui avait osé interrompre ses effusions.
Et une chose insensée arriva, que La Sorcière n'avait pas prévu. Alors même que cela semblait impossible, le sourire du Roi s'élargit encore. Il reposa doucement son épouse sur le sol puis posant un genou à terre, il déclara :

- Merci à vous ma Dame. C'est grâce à vous que ce Royaume a retrouvé le vrai chemin. Vous nous avez donné un présent fabuleux en la présence de vos trois cousines. Ces bonnes fées nous ont apporté bonheur et bénédictions. Grâce à elles j'ai compris que je menais une vie dissolue. J'ai rendu ma maîtresse à son mari, fait la paix avec les royaumes voisins et décidé de régner dorénavant avec sagesse et bonté. Mes deux fils ont décidé de m'épauler dans cette tâche. Je ne désespère pas de transformer le Royaume en un pays du bonheur, où tout le monde sera heureux. Merci à vous.

La Sorcière était bouche bée. Pour la première fois de l'histoire du Royaume, Elle semblait décontenancée, ébahie presque.
Une ange passa.
Le silence régnait dans l'assemblée. L'audience attendait Ses premiers mots.

On rapporta bien des choses plus tard sur ce qui se passa à ce moment-là. Certaines complètement loufoques, d'autres presque vraisemblables.
Mais personne ne fut capable de répèter le juron que proféra alors La Sorcière. Certains pensèrent avoir entendus des mots comme "Bachibouzouc" et "Ornithorynques", d'autres jurèrent qu'il était question de "pendre certaines cousines par les orteils jusqu'à ce que les yeux leur sorte de la tête".

En tout cas, les historiens classèrent en tout cas ce juron parmi les cinq plus fameux de l'histoire du royaume.

Après s'être copieusement "exprimé", et avant que quiconque puisse ajouter un mot ou faire un geste, La Sorcière retroussa ses jupes, partit en courant, grimpa sur son balais et disparut dans les airs. Elle ne semblait pas de très bonne humeur.
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Amy

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MessageSujet: Re: Le feuilleton de l'été (réponse de Tit-Vinz)   Jeu 31 Juil - 12:43

Pourquoi est-ce que "le feuilleton de l'été" n'avance plus depuis que c'est de nouveau l'été ??

La suite ! La suite ! La suite ! lol!

Tit-Vinz, tu peux pas nous laisser comme ça, en plein suspens, alors que tu t'en vas bientôt !?!


A - Et hop, un petit chapitre avant de partir.
V - ...
A - Mais si, tu n'as que ça à faire.
V - ...
A - Non, vraiment, il n'y a pas de quoi. Very Happy
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tit-vinz

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MessageSujet: Re: Le feuilleton de l'été (réponse de Tit-Vinz)   Jeu 31 Juil - 12:45

...

Bon un épisode avant mon départ, ce n'est pas gagné.
Mais promis je vais m'y remettre, après ma rando !

Bonnes vacances tout le monde, et rendez-vous le 14 pour certains Palmitos !
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Amy

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MessageSujet: Re: Le feuilleton de l'été (réponse de Tit-Vinz)   Jeu 31 Juil - 12:48

tit-vinz a écrit:
Bonnes vacances tout le monde, et rendez-vous le 14 pour certains Palmitos !

Very Happy

(Au lieu de sourire stupidement, je devrais peut être relever le fait que 1° y'aura pas la suite avant un bout de temps !! Crying or Very sad et que 2° tout le monde n'est pas en vacances.)
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Orlamonde

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MessageSujet: Re: Le feuilleton de l'été (réponse de Tit-Vinz)   Mer 11 Fév - 14:14

Tit Vinz, reviens : c'est l'hiver.
Tu peux te remettre à ton conte !
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Jérôme

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MessageSujet: Re: Le feuilleton de l'été (réponse de Tit-Vinz)   Mer 11 Fév - 15:29

Surtout que c'est super de bosser à son compte. Pas de patron, pas d'horaires, pas de...
Comment ça, "J'ai mal compris"?
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MessageSujet: Re: Le feuilleton de l'été (réponse de Tit-Vinz)   

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Le feuilleton de l'été (réponse de Tit-Vinz)
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