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 Réponse : version pleinde de tocs (par Jérôme)

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MessageSujet: Réponse : version pleinde de tocs (par Jérôme)   Lun 1 Mai - 18:09

Version pleine de TOCs, tics et autres trucs.


« …29, 30, 31, 32, 33 ! »
Il s’arrête. Une petite pause de trente secondes environ, puis il recommence à marcher.
« 1, 2, 3, 4… »
Heureusement, il compte dans sa tête. Les dix-huit années de thérapie qu’il a derrière lui ont au moins servi à ça.
« …32, 33 ! »
Encore une petite pause. Anastase Valdis (car c’est son nom) est en chemin pour aller chez son meilleur ami afin de lui annoncer une nouvelle qui risque de le bouleverser. C’est un petit trajet d’environ 3795 pas (il fait 114 pauses entre ses séries de 33 pas, il les a compté, une fois – non, trois, il recompte toujours au moins deux fois, pour être sûr), qui ne devrait plus durer longtemps. Il est presque arrivé.
« 1, 2… »
Il se remet en route. Anastase (que ses camarades de primaire appelaient « Voilalenaze » en lui jetant des pierres – notez qu’il leur en aurait jeté en retour s’il avait trouvé de belles pierres bien rondes de 9cm de diamètre sans salissures dessus, mais bon…) avait toujours, depuis sa plus tendre enfance, souffert d’une collection assez impressionnante de TOCs. Des Troubles Obsessionnels Compulsifs. Ou Troubles Obsessionnels Comportementaux, contrediront certains. Ou Tripes d’Orateur Crétin, bon sang, ça ne change rien au fait que dès ses quatre ans le gosse était déjà frappadingue.
« …33 ! »
Sa mère avait d’abord cru qu’Anastase était très propre. En effet, il se lavait les mains non seulement avant de se mettre à table, mais aussi en se levant de table. Et en mettant la table. Rien qu’en regardant la table, en fait.
La pauvre femme comprit que quelque chose ne tournait pas rond le jour où elle le vit laver – avec du savon – le savon qui lui servait à nettoyer le savon qu’il utilisait pour décrasser le savon pour se laver les mains. Elle comprit en outre pourquoi le budget « savon » du ménage était équivalant à celui de la nourriture.
« 1, 2,… »
Non mais, il va arrêter de compter, oui ?
Ben non. C’est ça le problème. Enfin, un des problèmes.
Ca lui avait pris un jour qu’il avait entendu le nombre « 33 » en marchant dans la rue. Depuis, il ne fait que des séries de 33. Ni 32, ni 34, ni – horreur !! – 35 ou 31.
« …33 ! »
Petite pause. Qu’est-ce que je disais…
Mais il n’y avait évidemment pas que ça. Après une petite inspection des habitudes de son fils, heureusement pas unique (sinon quelle déception), sa mère découvrit qu’il allumait et éteignait toujours 17 fois les lampes d’une pièce en entrant dedans, même en pleine journée, qu’il ne posait les pieds que sur les marches paires des escaliers (sauf la 11), qu’il reniflait toujours ce qu’il y avait dans sa cuillère avant de la mettre en bouche, qu’il refusait de lire la page 13 des livres qu’il lisait et qu’en se mettant au lit il tournait sept fois sur lui-même avant de se coucher.
Oh, et à chaque pleine lune, il chantait « Colchiques dans les prés ».
On l’envoya donc
« 1, 2, 3… »
Eh, me coupe pas la parole !
On l’envoya donc chez un psychiatre en quatrième vitesse. Le praticien diagnostiqua toute une série de troubles mentaux, avec une prédilection pour les complications mathématiques.
Sa mère demanda si cela pouvait être congénital, mais le psy répondit que non.
Le fait que le père d’Anastase criait au meurtre si on l’empêchait de lire son journal quotidien la tête à l’envers en caleçon dans le jardin n’était donc sans doute qu’une coïncidence. (vous l’auriez entendu lors de la grève des journaux…)
« …33 ! Plus que quelques séries, et j’y suis ! »
Tant mieux, le narrateur a bientôt fini lui aussi.

Anastase se fit donc psychanalyser à fond, ce qui lui permit de ne pas perdre trop les pédales (et accessoirement cela permit aussi à son psy de s’acheter ce yacht dont il rêvait). Néanmoins, pour chaque TOC perdu, un nouveau arrivait. Au moins, ça varie les plaisirs.
« 1, 2, 3… »
Et aujourd’hui, Anastase a un problème de puces. Non, je veux dire « de plus », car il ne se gratte plus. Ce problème, c’est qu’il doit annoncer une terrible nouvelle à un de ses amis En fait, à son seul ami, Pascal. Sa mère vient de décéder subitement, d’une de ces morts qui sont parfois recueillies dans des livres à tendance humoristique. Comme un végétarien qui meurt dévoré par une panthère, ce genre de choses…
Anastase connaît bien la mère de Pascal. Ils se sont rencontrés dans la salle d’attente du psy, lui pour son problème de diction (il n’arrivait plus à prononcer le « t », mais seulement dans « Anas’ase », les autres mots allaient bien, merci), elle pour son problème d’acrophobie.
Alors, définissons l’acrophobie pour les incultes. Ca vient du grec « Akros », qui veut dire « altitude » et « j’ai déchiré mon pantalon » à la fois, et de « Phobia », qui veut dire quelque chose comme « j’ai peur du dentiste mais phobia qu’j’y aille sinon ma mère râle ».
Non, ça n’aide pas ? Bon, en gros, quand on est acrophobe, on a peur du vide. De l’altitude. On a le vertige. Allez voir « Vertigo », d’Alfred Hitchcock, tient. La mère de Pascal, elle, était très acrophobe : mesurant 1m83, elle avait peur dès qu’elle dépassait les 1m50 et était donc obligée de marcher le dos très courbé. Il lui était impossible de monter dans un bus, ou de monter des marches, ou d’aller sur un escabeau, bref, c’était pas marrant.
Il faut remarquer que, s’il n’a pas beaucoup aidé notre cher Anastase, le psy a par contre faillit guérir cette femme. Il l’avait hypnotisé et l’avait ainsi convaincue qu’elle ne mesurait que quarante centimètres. Il était alors facile à la mère de Pascal de marcher droit dans la rue, de monter à l’étage où même de changer les rideaux, vu que, si elle mesurait 40cm, toutes ces activités la laissaient en dessous de la barre des 1m50…
Ah, si seulement elle n’avait pas été acheter des vêtements… (et cette fichue vendeuse qui affirmait avec tant de détermination qu’une robe de 37cm de long ne lui irait pas… Ca avait fichu en l’air le conditionnement hypnotique.)
Ca fait longtemps qu’on n’entend plus Anastase compter, hein ? J’ai mis la sourdine.
Bref, la thérapie de cette brave femme avait repris. Et aujourd’hui, pour fêter ses 7 ans de thérapie, elle était allée, courbée en deux, voir un cirque qui venait de s’installer. Tout s’était bien passé, avec les clowns, les jaguars, les phoques, les équilibristes, les strip-teaseuses (c’est MON histoire, je mets ce que je veux dans MON cirque !), les avaleurs de sabres (qui après chiaient des canifs), les cracheurs de feu, etc, etc, jusqu’au numéro du funambule. Par malheur, ce funambule là avait choisi, pour son numéro, de tendre le fil même au-dessus du public, et plus précisément au-dessus de la mère de Pascal.
Terrifiée à l’idée même que quelqu’un puisse être aussi haut, elle avait fermé les yeux et s’était recroquevillée sur elle-même en attendant que le numéro se termine, ce qui fait que lorsque le funambule perdit l’équilibre (il faisait des claquettes sur la selle d’un monocycle perché sur le filin tout en jonglant avec des hérissons) et tomba droit sur elle, elle ne le vit pas arriver et ne pu s’écarter.
Les secours avaient eu du mal à séparer les bouts de funambule des bouts de femme, mélangés avec ces bouts de hérissons, de monocycle et de banc en bois.

« Mais comment vais-je lui annoncer cela ? » se dit notre Anastase entre deux séries de 33 pas.
« Déjà que je n’ai jamais été doué pour annoncer des bonnes nouvelles ! Mais alors des mauvaises nouvelles ! Surtout une terrible nouvelle comme ça ! »
Anastase était au courant de l’accident car il assistait aussi au numéro de cirque. En effet, hier il était allé à la banque, il lui fallait aujourd’hui aller quelque part qui commence par un « c », donc le cirque.
« Ce qui me fait penser qu’il me faut prendre rendez-vous demain chez le dentiste ! » songe-t-il alors qu’il arrive devant la maison de Pascal.
Il ne peut s’empêcher de remarquer du coin de l’œil que, dans le jardin d’en face, Jérôme, un habitant du coin, est en train de peindre quelque chose avec de la peinture jaune sur un arbre tout en sifflant le thème d’ouverture de StarWars. Assez faux, d’ailleurs.
« Bon sang, mais comment vais-je faire ? Le problème, ce n’est même pas le fait de lui annoncer la mort de sa génitrice – il suffit de lui crier « désolé, t’es orphelin ! » et de m’enfuir ensuite – mais surtout de garder mon sérieux pendant que je le lui dis. Une acrophobe écrasée par un funambule. Pourquoi pas un fumeur écrasé par un camion plein de cigarettes ? »
Ou un toréador qui s’étouffe en mangeant un hamburger (la vengeance du bovidé)…
Il étouffa le fou rire qui lui venait à cette pensée – il lui en faut peu – et sonna. En faisant ainsi retentir le thème principal de la « Mélodie du Bonheur », à l’endroit puis à l’envers. C’est comme ça.
« Allons, un peu de cran. Il suffit d’avoir de la volonté, et d’y aller fermement. Comme Margaret Thatcher. Une dame de fer dans un gant de crin! Oui ! »
Puis, juste avant que la porte ne s’ouvre, ses épaules s’affaissèrent.
« A quoi bon se leurrer ? Je n’ai aucune volonté. Avec moi, c’est une main en spaghetti trop cuit dans un gant de guimauve… »
-Anastase !
-Pascal !
-Comment vas-tu ?
-Comme d’habitude. Et toi ?
-Moi, ça va.
-Pour l’instant.
-Comment ?
-Me laisserais-tu entrer ?
-Euh, oui.

Pascal fait donc signe à Anastase d’entrer, ce que ce dernier fait, non sans avoir au préalable essuyé 47 fois son pied droit et 53 fois le gauche sur le paillasson d’entrée, et 63 fois le droit et 12 fois le gauche sur le paillasson intérieur – car pour garder la planète propre, il faut aussi s’essuyer les pieds avant de sortir, non ?
Pascal ne se formalise pas de ce petit manège. Il a l’habitude. Mais, blagueur comme il est, il décide d’embêter ce TOCé. Il passe de l’entrée au couloir, puis oblique vers la cuisine où il prend place sur une chaise en bois.
Il est bientôt suivit par Anastase, qui a quelques problèmes.
-Mais pourquoi ne va-t-on pas dans le salon ?
-Parce que.
-Parce que quoi ?
-Juste parce que.
-Mais ce n’est pas une réponse !
-Si.
-Mais non !
-Mais si.
-Mais non !
-Et pourquoi ?
-Parce que !
-…
-Euh… Bon, j’arrive.

Et Anastase, au lieu d’aller dans le salon juste à côté, ce qui aurait été simple, doit passer par le couloir, pleins de petits carreaux. Où est le problème, me direz-vous ? Simple, il ne peut pas poser le pied sur les séparations entre les carreaux, ne peut pas sortir de la règle des séries de 33 pas, et il ne peut pas sauter de carreau. Comme aux dames, quoi.
Cela lui prend donc une bonne douzaine de minutes, qui mènent Pascal au bord de l’hilarité.
-Tu ne devrais pas rire, crois-moi.
-Oh, voyons, tu ne vas pas en mourir ! Allez, prend place sur une chaise.
-Je ne peux pas.
-Ah, tiens, c’est nouveau, ça. Et pourquoi ? Parce que ce sont des chaises faites en bois d’arbre ?
-Non, elles sont trois. N’y en a-t-il pas une quatrième ?
-Reste debout, alors.
-Mmf.
-Alors, pourquoi viens-tu me voir ?
-J’ai quelque chose d’horrible à t’annoncer.
-Tes médicaments ne sont plus remboursés ?
-Mais non. Ca te concerne, en fait.
-Mais je ne prends pas de médicaments…
-Je n’ai jamais dit que cela concernait des médicaments, voyons ! Tu devrais… Ah, tu rigolais.
-T’es plus marrant que Raphaël Mezrahi, dans ton genre.
-Mpf. Je disais donc : cela concerne ta mère.

Pascal allait répliquer par une blague sur les mères, mais, comme je n’ai pas envie de la raconter, je fais intervenir un élément extérieur. Héhé, le pouvoir du narrateur…

Soudain, un affreux son discordant vient de l’extérieur. On dirait un mélange de « chat avec la queue coincée dans la porte » et de « Marylin Manson vient de s’arracher les parties génitales avec un sifflet rouillé »…
-Qu’est-ce que c’est que ça ?
-Oh, c’est mon voisin, Jérôme. Ca lui prend parfois. Il essaie d’invoquer Britney Spears en dessinant des signes cabalistiques sur un arbre en sifflant des morceaux de la B.O. de Star Wars…
-Mais il faut qu’il arrête !
-Dis-lui.

Anastase se retrouvait devant un défi : comment atteindre la fenêtre, située à 1m de lui, en faisant 33 pas, ni plus ni moins ?
Alors, devant Pascal hilare, Anastase fait 11 minuscules pas en avant (50cm), 5 pas à droite, 6 pas à gauche, et de nouveau 11 pas en avant. Il se retrouve donc devant la fenêtre qu’il ouvre, et crie
-Ferme-là, crécelle !
-Dégage, connard laqué ! lui répond Jérôme.
-J’ai besoin de calme pour réfléchir, et ton boucan m’en empêche !
-Vu ta tronche, t’as pas souvent dû être au calme, face de sous-doué !
-Ferme-la !
-Quand j’aurai fini, et pas avant !
-… T’as fini !
-C’est vrai ? Ah, ben alors j’vais lire un bouquin.
Et Jérôme arrête de siffler près de son arbre pour s’en aller chez lui.

Anastase, préférant rester près de la fenêtre, se retourne vers Pascal.
-Ecoute, -
-Donc, ma mère.
-Oui. Il faut que tu le saches…
Et là, le drame. Notre dérangé du ciboulot se remémore une scène se passant dix minutes avant le drame : quand la placeuse avait demandé à la mère de Pascal de se mettre en hauteur derrière pour ne pas gêner les gens, cette dernière avait refusé. Ce à quoi l’ouvreuse avait répondu « Mais ne le prenez pas de haut ! ». Anastase se retient de justesse de mourir de rire, et garde son sérieux.
-Elle a l’air marrante, ta nouvelle…
Ah, non, il n’a pas gardé son sérieux, finalement…
-Non, pas du tout. Elle est affreuse, tu ferais mieux de t’asseoir.
-Je suis déjà assis.
-Oh. Alors, vois-tu, aujourd’hui je suis allé au cirque, et…
-Arrête d’empiler mes bouteilles d’eau !
-Mais elles ne sont pas en pyramides !
-Pff…
-Et au cirque, j’ai croisé ta mère.
-Arrête de classer mes produits nettoyants par ordre alphabétique !
-Mais ton cif était entre le domestos et le viakal ! Enfin bref, quand est venu le numéro du gars, là, avec la grande perche…
-La grande perche ? Ma mère était avec lui ?
-Mais non, je parle d’un funambule, d’un équilibriste, d’un acrobate, d’un…
-Casse-cou ?
-Non, ne dis pas « casse-cou »… Vois-tu, ta mère était juste en dessous de lui…
-J’imagine sa peur. Mais personnellement, je ne comprends pas comment on peut avoir peur de la hauteur. Il faudrait plutôt craindre la profondeur, on tombe rarement vers le haut…
-MAIS TU VA RESTER CALME PENDANT QUE JE TE DIS QUE TA MERE VIENT DE MOURIR ECRASEE PAR UN FUNAMBULE, OUI ?!?
-… Quoi ?
-Oui, ton acrophobe de mère vient de se faire écraser par un gars qui n’avait pas peur de l’altitude !

Il faut noter qu’Anastase était proche de la crise de nerf, avec toutes ces blagues. C’était déjà assez dur à annoncer… Mais à entendre, aussi, sans doute. En effet, Pascal, d’abord incrédule, glissait peu à peu vers le profond chagrin. Il était, à vrai dire, au bord des larmes.
-Et c’est comme ça que tu me l’annonces ?!?
-Bah oui, je n’allais pas t’envoyer une lettre par avion, ça aurait eut l’air hautain…
-SORS DE CHEZ MOI !!!
-OK. De toute façon, c’est bientôt l’heure de ma série préférée… « Monk ».
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