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 Réponse: version Terreur (par Stou)

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Date d'inscription : 28/04/2006

MessageSujet: Réponse: version Terreur (par Stou)   Lun 1 Mai - 18:14

Sa jambe était rouge sang. Sans force. Sans famille. Si, Laurent avait de la famille. Sa maman, plus précisément. Il lui restait sa maman. Qui elle, avait encore tous ses membres. Laurent cria. Sa jambe gauche se détacha.
L’homme masqué souriait. La femme masquée coupait.
-
« 206 », tentait de se convaincre Michel. Rien de tel que le jeu de la voiture pour se décontracter. La voiture dans laquelle il était cloîtré depuis des heures, seul et souffrant. Il ne savait pas ce qu’il avait fait. Voulait-on lui faire payer ses écarts, oh si légers, de conduite avec sa femme qu’il chérissait plus que tout au monde ? Mais qui ? Qui ?
Il allait au cinéma, tranquille comme Basile, il faisait frais, mais il n’en avait cure, le bon Michel. Juste se rendit-il compte qu’il avait oublié son pardessus chez lui, il maugréait, et puis…
Le trou noir.
Il n’avait pas eu mal.
Sur le coup.
Maintenant, il avait mal.
Et la douleur empirait, plus sèche qu’une saucisse.
Michel ne savait pas ce qu’il avait fait, il savait encore moins ce qu’on lui avait fait.
Il avait mal.
-
« La douleur est psychique, pense au soleil, et la pluie sera chaude ». Brrrr. Laurent pensait au soleil… et à ce stupide cours de yoga, où il s’était rendu bien malgré lui l’an dernier, sous l’insistante pression de sa mère. Aujourd’hui, il savait que c’était des conneries. Parce qu’il avait beau se concentrer sur la vision furtive d’une femme nue sur les dunes d’Hossegor, les éclats de rire de ses neveux qu’il gardait parfois le week-end, la douceur du Gaillac 1997 qu’il avait dégusté, seul, la veille, malgré cela, Laurent souffrait.
Et le pire, c’est qu’il ne SAVAIT PAS POURQUOI.
-
La porte de la présumée 206 s’ouvrit. Puis ce fut le silence. Michel retenait ses cris, il cherchait à rassembler des indices auditifs lui donnant une idée d’où il se trouvait. Peine perdue.
Pas un bruit.
Juste une sensation étrange.
Il faisait froid sur son bras.
Puis chaud.
Puis froid.
-
Irina, désormais, en était convaincue : elle préférait faire mal que faire l’amour. Et elle enfonça la lame.
-
La douleur fut fulgurante. Michel tressaillit, fut secoué de spasmes.. puis lança un cri aussi déchirant que l’Opinel qui venait de lui sectionner la main droite. « Pourquoi ? Pourquoi moi ? » Michel sombra dans l’inconscience.
-
Andrei rejoignit Irina à pas pressés. Il souriait toujours. Et dit à sa comparse : « Episode 2. Réveille l’éclopé. J’m’occupe de l’orphelin. »
Irina acquiesça : le hasard était, avec les barbituriques, la plus belle chose que Dieu ait jamais inventé. Elle se dirigea vers l’automobile, en sortit le bel homme, plus inerte qu’un morceau de fromage. Elle le fit s’allonger sur l’herbe détrempée, ôta le bandeau qui recouvrait ses yeux. Il avait de beaux yeux.
Ses gestes étaient doux et précis. Si précis. Irina déposa un doux baiser à la commissure des lèvres de l’homme estropié, tout en continuant à parcourir ses plaies avec son couteau si doux, si doux…
Le monde était doux. Et ils allaient payer. Michel se réveilla, hurla…
« A nous deux » clama Irina, au sourire aussi diabolique qu’envoûtant.
-
La scène se répéta une dizaine de fois. Dix fois, Michel se réveilla, cette beauté au dessus du visage. Dix fois, il passa par une sensation de plénitude avant que la lame finement aiguisée ne le ramène à la réalité. La 11ème, il fit abstraction de cet énième baiser, et murmura dans un souffle : « Que voulez-vous de moi ? Que voulez-vous de moi ? »
Telle un magnétophone, Irina lui répondit :
« Tu dois annoncer à Laurent, ton meilleur ami que sa mère est morte.
Tu ne sais pas comment faire, tu n'es pas doué.
Tu dois de plus garder ton sérieux : la femme, acrophobe (elle a le vertige, quoi), a été écrasée lors de la chute d'un funambule.
Bonne chance… »
-
Le jour pointait. Laurent et Michel n’en avaient cure. Ils ne souffraient même plus. Car ils étaient maintenant face à face, chacun observant la douleur et la décomposition de l’autre. Ils se connaissaient depuis plus de 10 ans, les deux amis ; ils avaient partagé leurs joies, leurs peines, leurs femmes parfois, leurs verres toujours.. et aujourd’hui, ils partageaient leur souffrance, infinie…
Michel avait bien tenté de protester auprès d’Irina. Il avait rué des pieds, mais il tomba rapidement, sans forces. Non, il ne pouvait pas annoncer cette nouvelle à son meilleur ami. Il souffrait assez comme ça. Irina lui a montré une photo de Laurent, prise quelques heures auparavant.. Sa jambe droite n’était plus, son pied gauche formait un angle étrange avec le reste de la jambe, ses yeux, surtout ses yeux étaient révulsés. Irina lui avait assuré que la perte de sa mère lui ferait sûrement moins mal que l’immolation dans l’essence de la 206, oui c’était une 206, Michel n’avait pas rêvé. Irina, surtout, avait su se montrer persuasive, et en fouillant manuellement dans les plaies encore ouvertes du pauvre homme, elle avait pu obtenir son consentement, mélange de douleur rageuse et d’envie d’en finir. « Pourquoi, pourquoi moi ? Pourquoi nous ? »
« Chttt ».. au travail..

Et voilà. C’était le dernier round. Michel allait tout lâcher, d’un trait. Puis ils allaient mourir. Leurs souffrances seraient abrégées.
Michel ne savait même pas si Laurent l’entendait. Ses yeux étaient mi-clos, néanmoins il bougeait. C’était toujours ça.
Derrière lui, Irina, menaçante, laissait en évidence son couteau qui avait déjà fait tant de mal. Quelques mètres plus loin, adossé contre un arbre, l’homme masqué souriait.

Il fallait se lancer… alors Michel se lança :
« Laurent, on va mourir.. on va mourir.. mais avant qu’on meure, j’ai quelque chose à te dire… Ne crois pas que ça soit ma propre volonté, mais ils m’ont obligé. C’est des fous, Laurent, c’est des fous.. Mais je t’adore, Laurent, je t’adore, presque autant que ta mère, et.. Non, je n’ai pas couché avec ta mère, ne me regarde pas ainsi, c’est pire que ça, enfin non, c’est pas pire, enfin si dans un sens, bref.. Ta mère a été écrasée par un funambule. Elle est morte. Non ne pleure pas, Laurent, enfin si pleure, je sais pas, moi.. attends, je vais t’expliquer. Elle se baladait, comme ça, dans la rue, et un funambule lui est tombé dessus et.. Si c’est vrai, c’est vrai, me regarde pas comme ça, je veux pas te faire de mal, je t’aime, Laurent, mais maintenant on va clamser comme des crabes, c’est pas grave, et puis ils m’ont forcé, vraiment... donc, je te disais.. »
La voix de Michel se perdait, un vide intersidéral, à peine rempli par le rire jubilatoire d’Irina, les gémissements désespérés de Laurent, les bégaiements inassurés de Michel… et les étranges sifflements d’Andrei, toujours adossé à son arbre.
Les sons se mélangeaient.
Tout était.
Rien n’était plus..
Irina chuchota à l’oreille de Michel : « C’est tout ce qu’on voulait entendre. Merci. A dans une autre vie ? »
Andrei sifflotait.
Laurent pleurait.
Michel ne pensait plus à rien.
Il écrivait.
-

« Marie, ma puce, j’ai fini, tu peux venir voir ? »
Marie sort de la cuisine. C’est ma petite amie. Je viens de terminer le texte que je devais leur rendre. C’est brut de décoffrage. Si irréel. Un funambule qui tue une passante. La retranscription du décès. Les détails à placer. C’est irréel. Il n’y a pas de fin. Tant pis. C’est jouissif. J’ai pris plaisir à écrire. Je me suis fait peur, parfois.
Tout seul.
Je m’appelle Michel, comme mon héros.
Je me suis demandé ce que j’aurais fait, à sa place.
Mais je ne suis pas à sa place.
Ouf.
Je me retourne, Marie est là. Je l’adore, c’est la meilleure.
Elle dépose un doux baiser à la commissure de mes lèvres.
Elle me sourit.
Elle est inquiétante.
Mais si jolie.
Je lui rends son baiser.
Il est électrique.
Elle s’écarte.
Je ne souris plus.

« Chéri.. Ils m’ont obligé.. Crois-moi.. »
A la fenêtre, un homme siffle.

C’est ma fin.
2h06.
J’ai mal.
C’est la fin.
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