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 Clic clac mon histoire est dans le sac (Ques'aco)

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Ezekiel



Nombre de messages : 12
Date d'inscription : 29/01/2009

MessageSujet: Clic clac mon histoire est dans le sac (Ques'aco)   Jeu 16 Avr - 22:41

Cette histoire remonte à de très anciens temps. Me promenant dans la vallée, j’ai entendu un ruisseau la murmurer à un bouquet de joncs.

Des animaux plus extraordinaires les uns que les autres peuplaient la contrée. Des oiseaux majestueux déployaient leurs ailes souples dans le ciel azuré, des élans gambadaient dans la rosée des prés, des poissons irisés s’amusaient dans les lacs. Et les plus impressionnants étaient ceux qui n’existent plus aujourd’hui, hélas ! Des verzons au pelage doré, des ouragous aux grandes pattes, des blouvignols au long cou…

Parmi cette faune et cette flore en complète harmonie dans la nature, vivait une petite chouette que tout le monde appréciait. Peu loquace, plutôt timide. Les animaux aimaient néanmoins se reposer à ses côtés, apaisés par son léger ronronnement. Cette chouette était pourtant bien triste. Un amour impossible l’empêchait de profiter de la vie, on le savait, car si volontaire fût-elle, et toujours prête à rendre service, son cœur était si lourd de désespoir qu’elle n’arrivait pas à cacher ses angoisses.

L’objet de sa passion ? Un être noble que chacun respectait, presque le roi de la contrée. Vivant bien au-dessus des autres, il venait réchauffer leurs âmes dès le matin de ses rayons pourpres puis égayait leur vie jusqu’au soir. Alors, fatigué d’avoir transféré une telle énergie tout au long de leur quotidien, il disparaissait jusqu’au lendemain matin.

Au début, la petite chouette passait ses journées à admirer sa puissance, sa lumière. Elle se faisait coquette et entamait d’aériennes danses de séduction afin de lui plaire. Las ! chaque soir il disparaissait, comme insensible au charme de sa ronde amoureuse. La pauvre bête ne comprenait pas cette fuite de la nuit. Pourquoi ne restait-il pas auprès d’elle ? Pourquoi ne l’entourait-il pas de ses rayons affectueux ?

De son côté, le soleil – car c’est bien de lui qu’il s’agissait – était également malheureux. C’était la première fois qu’un chétif animal lui accordait tant d’attention. Et pourtant, il n’avait pas d’autre choix que de se tenir éloigné. Horrible sort que lui avait réservé la nature en le dotant de rayons aussi splendides que dangereux : comment enlacer cette petite chouette sans la réduire aussitôt en cendres ? Il avait donc d’abord feint l’indifférence, puis il se résolut à se rendre antipathique, seule façon de la sauver du désespoir. Ainsi pourrait-elle l’oublier et voler vers un autre amour. Il s’entendit avec la pluie, avec le vent, avec les nuages ; et la tempête commença. Elle dura un an, trois mois et douze jours. Le soleil ne sortait presque plus ses rayons. Il ne voulait pas voir les dégâts que pouvait causer sa décision sur la vallée. Des arbres furent arrachés, des animaux périrent, des ruisseaux débordèrent. La chouette se détournerait sûrement de lui. Il serait ensuite seul mais c’était le bon choix. Au moins vivrait-elle une existence meilleure.

La tempête fut rude. Une majorité des animaux avait tenté de se réunir dans des grottes, à l’abri du vent. Tous avaient souffert de la faim. Enfin, presque tous. La petite chouette souffrait seulement de l’inanité de son amour. Au début chagrine, elle était tombée très malade et délirait dans la froideur de la roche calcaire. Elle invoquait les dieux, elle invoquait les astres, elle invoquait son astre. Elle gémissait, frémissait, s’évanouissait. Sans cesse. Les autres animaux s’inquiétaient pour elle. Ses plumes de paillettes colorées devinrent grises et blanches, comme si la vieillesse l’avait atteinte d’un seul coup. Les espoirs à son sujet s’envolaient. On la croyait perdue.

Un jour pourtant, un hérisson vint la trouver. Il lui dit : « Tu sais, petite chouette, le soleil est parti, il est loin de toi, tu ne le vois plus. Mais je sais comment t’aider, je sais comment te rapprocher de ton amour. Fais-moi confiance. Je te demande seulement de reprendre d’abord des forces, car ton état m’afflige. » Alors, elle accepta de manger un peu, de se réchauffer dans les fourrures de certains animaux, d’écouter le chant des oiseaux. Son ventre regonfla, et, si l’on se doutait que ses ailes ne retrouveraient plus leurs couleurs d’antan, du moins on put constater qu’elles repoussaient.

Quand la tempête cessa, après un an, trois mois et douze jours, on ne sortit pas tout de suite des grottes. On n’avait plus confiance en la nature, qui s’était montrée violente comme jamais. Mais après quelque temps, on commença à reprendre la vie d’autrefois. Le seul changement concernait le soleil, qui semblait plus éloigné que jamais. Après avoir laissé faire les autres éléments célestes, il gardait ses distances, maintenant qu’il régnait à nouveau en seul maître. La chouette, qui n’était pas encore tout à fait rétablie, continua ses efforts pour se remettre sur ses pattes et pouvoir voler. Elle n’évoquait plus celui pour qui elle avait failli laisser s’en aller la vie ; et, du reste, aucun de ses proches ne lui en parlait non plus. Il semblait qu’elle réapprenait à vivre, à rire même. On la crut sauvée.

Un jour cependant, après les fêtes célébrant le printemps, la petite chouette vint trouver son sauveur et lui murmura : « Hérisson, je te dois la vie. Sans toi, jamais je n’aurais survécu à la tempête. Sans toi, jamais je n’aurais passé ces deux ans auprès de vous à goûter à nouveau aux joies de la vie. Mais dans le fond de mon âme, je garde ma tristesse, j’entretiens toujours le même fol espoir, et toi seul peux m’aider ». Son ami ne prononça pas un mot et se réfugia dans le fond de son gîte. Il avait toujours redouté ce moment, où il saurait qu’en dépit de la guérison du corps, la maladie perdurait. Et il pressentait l’arrivée d’un nouveau malheur. Mais les promesses sont les promesses, et il tendit une pierre à la chouette : « Cette pierre est magique, dit-il. Transparente, elle a le pouvoir de grossir les objets ou êtres vivants que tu regardes à travers elle. Tu te sentiras ainsi plus proche d’eux. Fais-en bon usage. »

La chouette prit l’objet et se posa sur un arbre. De là, elle regarda vers le bas à travers l’instrument et fut tout étonnée de pouvoir admirer un minuscule ver de terre, qui rampait sur le sol. Elle le voyait comme si elle eût été penchée juste au-dessus de lui. Son œil rond se tourna ensuite vers les plus hautes branches de l’arbre, sur les feuilles desquelles les moindres nervures s’offrirent à son admiration. Cela l’amusa. Elle passa sa journée à scruter la nature à travers cette pierre, merveilleusement transparente. Lorsqu’elle s’endormit, ses pensées étaient enfin sereines. Elle fit des rêves fleuris, se vit danser avec son amour, se laisser bercer dans ses rayons, s’approcher enfin de lui, tout près, et déposer un baiser au milieu de son cercle enflammé.

Au lever du jour, la chouette chantonnait. On ne l’avait plus vue comme cela depuis très longtemps. Elle souriait à tous ceux qu’elle croisait. Et chacun était heureux de la voir ainsi. Seul le hérisson était meurtri d’angoisse. Il sentait un drame, mais lequel ? Il se mit en boule sous un arbre pour réfléchir, et resta longtemps ainsi.

Vers le milieu de la journée, au moment où la lumière était la plus intense, la chouette se percha sur l’arbre le plus haut de la plus haute colline, et de là, elle domina toute la vallée. De ses serres, elle ajusta à son œil sa pierre magique et, regardant à travers elle pour enfin découvrir de plus près celui pour qui son cœur battait depuis si longtemps, elle le vit. Et c’était beau. Un feu d’artifice de couleurs. De l’or surtout, mais aussi des éclats de pourpre, d’émeraude, de cristal… Et il lui souriait.

Le soleil n’avait jamais cessé de la regarder, même s’il ne le lui montrait pas. Et tandis qu’il savait que la tempête n’avait servi à rien, tandis qu’il comprenait que son amoureuse l’admirait d’encore plus près, tandis qu’il n’en pouvait plus de contenir cette passion réciproque, il décida de se montrer sous ses plus beaux éclats. Lui aussi voulait danser avec elle. Lui aussi voulait l’embrasser, l’enlacer.

La chouette sentit assez rapidement que ses yeux la brûlaient. Elle sentit que cette chaleur qui l’enveloppait faisait du mal à ses membres. Ses yeux étaient rouge vif ; et les rayons, à travers ce qu’il faut bien appeler une loupe, rongeaient ses rétines. La douleur était intense, toutefois, la chouette ne voulait pas se séparer de la pierre. Peut-être son corps était-il en train de se meurtrir mais son cœur n’avait jamais ressenti un bonheur aussi intense. Son amant l’étreignait enfin. Peu importait qu’elle devînt aveugle, elle garderait à jamais une vision magique de ce moment si fort. Et il est vrai qu’elle ne voyait déjà plus qu’à travers son souvenir. Ce sont ainsi d’abord ses yeux qui moururent, puis son corps entier qui brûla sous l’action des rayons du soleil. Son amant l’avait embrasé dans une valse ultime.

Aujourd’hui, les chouettes ne sortent plus le jour. Certains disent qu’elles redoutent le soleil, qu’elles ont peur de se laisser brûler les yeux dans un impitoyable brasier, mais d’autres disent que le jour, lorsque l’on pense qu’elles dorment, elles ne font que s’enfuir dans leurs rêves vers celui qui leur réchauffe le cœur. Et une fois le jour enfui, c’est le soleil qui, après les avoir rejointes au fin fond de leur âme, leur éclaire le chemin, du fond de leurs pupilles, lorsqu’elles dansent dans les airs, par les nuits ténébreuses.
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