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 Réponse de Jérôme

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Jérôme

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Localisation : Il n'y a que Maille qui Mayence.
Date d'inscription : 02/05/2006

MessageSujet: Réponse de Jérôme   Lun 16 Nov - 2:14

Je nie avoir ingénument enneigé un ingénieur geignard de génie.
Titre alternatif : je souhaiterais trouver de meilleurs titres à mes textes.



Ainsi donc c'est bientôt fini du monopole de la Française des Jeux sur les jeux de hasard. Ce secteur va lui aussi être ouvert à la concurrence, notamment le domaine des jeux en ligne tels le poker, le craps et la roulette-russe-au-virus-conficker. C'est la fin d'une époque, une nouvelle ère commence...
Pour Paul c'est une ère de famine et de disette qui s'annonce. Une époque de ruine. Il va sans doute devoir bientôt hypothéquer sa maison, sa voiture, sa famille, son chien, et les gosses du voisin s'il arrive à mettre la main dessus. Hum, combien un rein peut-il valoir au marché noir...?
Non, Paul n'a pas d'actions dans la Française des Jeux, il ne travaille pas dans une société liée aux jeux d'argent, en fait il devrait ne rien avoir à faire de la légalisation des jeux en ligne. A un détail près.
Il est accro aux jeux d'argent. Aux paris. A tous ces jeux qui amusent le grand public mais tourne à l'obsession chez certaines personnes. Paul sait très bien qu'à la minute même où les jeux d'argent en ligne seront légaux sur le territoire français il pariera sa paye du mois sur une main de poker. Et mauvais comme il est il perdra tout.
Il avait déjà failli tout perdre au début : son obsession l'avait déjà mené à la faillite personnelle il y avait quelques années : toutes ses économies ayant disparues, toutes ses affaires ayant été mises au clou, ses dettes se montant à plusieurs centaines de milliers de francs, il avait entamé cette procédure miracle de la région Alsace-Moselle qu'est la Faillite Personnelle et avait pris un nouveau départ à partir de rien, sans possession certes mais sans dette, à la condition de suivre un traitement psychologique. Il avait suivi tous les conseils de son psy, il s'était fait mettre sur la liste nationale d'interdiction de casinos, il avait collé des affichettes avec sa photo dans tous les bars-tabacs demandant qu'on ne lui vende aucun jeu à gratter, il s'était mis un patch anti-cartes à jouer (il est devenu allergique aux jokers mais ça valait le coup), il avait même enlevé France2, la chaîne du Loto, de sa télévision à grands coups de tournevis dans la cathode.
Et ça avait marché : depuis des années Paul menait une vie sans jeux ni paris. Il avait fondé une famille, trouvé un bon emploi, acheté une maison et retapé un cabanon dans le jardin. Et tout ça va prendre fin...
« Comment pourrais-je résister à une telle tentation? » se lamente Paul en broyant du noir sur le petit escalier à l'arrière de sa maison. « A peine mon ordinateur allumé leurs publicités vont me sauter à la gorge, me faire sortir ma carte bancaire et me transformer en démon du jeu... Toutes ces années mon combat n'a été couronné de succès que grâce à mon talent pour échapper justement à ces viles tentations. Satanés bureaucrates! Bah! » finit-il en se levant rageusement de son escalier et en se mettant à marcher d'un pas vif vers le petit cabanon au fond de son jardin.
« Puisque me voici bientôt perdu, autant prendre les devants. J'avais trouvé un jeu de grattage au fond d'un tiroir en faisant le ménage dans cette cabane, et je n'avais résisté que parce qu'il était trop vieux et donc plus valable. Je l'ai précieusement conservé pour me prouver que je savais dire 'non', mais maintenant... » grommelle-t-il en fouillant l'armoire reposant dans le cabanon. « Ah-ha! Te voilà! »
Jaillissant du petit bâtiment de bois tel un diable de sa boîte, Paul tend rageusement le petit ticket à gratter vers le ciel en un geste de défi.
« Te voici! Millionnaire, première édition, octobre 1991! Rejeton de Risoli, tu as attendu tout ce temps qu'une âme fragile se laisse prendre à ta toile, et voici ton moment venu! Tu vas être gratté comme tu n'as jamais été gratté! »
...
« Mince, je n'ai pas de pièce sur moi. Flûte. » laisse-t-il échapper piteusement en rentrant dans le cabanon. « Plus qu'à utiliser mon ongle de pouce, assis devant cette vieille table. »

Et le grattage commence. Le chiffre 10 apparaît, suivi du chiffre 100, parcourus de ces lignes ondulées censées empêcher la fraude. Puis vient la première télé.
Dans tout le quartier des chiens lèvent la tête d'un air inquiet.
Un deuxième 10 fait alors son apparition sous les mouvements fébriles de Paul, puis une deuxième télé.
Les vitres du quartier ont un tremblement fugitif dans leurs chambranles, une alarme de voiture se déclenche...
« Ah ben je vais peut-être 'gagner' 10 francs, dites-donc... »
Mais quand Paul enlève son pouce pour voir le sixième symbole découvert, ce n'est pas un 10. C'est une troisième télé.
Le signe qu'on a gagné le droit de faire tourner la roue du million, pour gagner de 100.000 à un million de francs tout en offrant une spécialité gastronomique à un présentateur télé.
Mais la roue n'existe plus de nos jours...
L'enfer se déchaîne dans le cabanon.

Fumée, bruits de tonnerre, vent hurlant dans ses oreilles! Paul est terrifié.
Arcs électriques, objets qui volent et le heurtent, Paul n'a aucune idée de ce qui arrive. Le sol tremble, les chiens hurlent au dehors, les glandes surrénales de Paul déversent leur flot d'adrénaline dans ses veines mais en vain, Paul ne saurait même pas par où s'enfuir si ses genoux cessaient leurs castagnettes. Tout ce qu'il peut faire c'est s'agripper à son ticket gagnant d'un jeu à gratter d'un autre âge.
Puis, aussi soudainement que ça avait commencé, tout s'arrête. Le silence revient, les objets retombent, les chiens se sentent l'air con.
Et Paul est face à un homme bizarre qui le regarde comme un fonctionnaire des Assedics à 16H moins 5.
« Ok, je vois. » dit le nouvel arrivé. « Mais je vais devoir vérifier votre ticket pour être sûr que ce n'est pas du flan. »
Paul s'évanouit.

« Si ça continue encore un quart d'heure je m'en vais, et tant pis pour les règles. » grommelle-t-on dans le cabanon. C'est la voix de l'inconnu qui est apparu dans le bordel d'avant, Paul la reconnaît. « Allez debout, label Haut-bois dormant, je ne me sens pas d'humeur à tenir le rôle du prince. T'es pas mon type. »
« Qui... Mais qui êtes-vous? » demande Paul faiblement en tentant de se relever – avec un manque manifeste d'aide de la part de l'inconnu.
« Jérôme. Enchanté. » s'entend-il répondre d'un ton qui dément le 'enchanté'. « Je suis un génie. »
« Comment ça? »
« Mon QI dépasse les 160. Donc je suis un génie, haha. »
« Euh... »
« Blague à part, vous voyez mon pantalon? »
« C'est... Un Jean's? »
« En effet, ce qui fait que je suis un Djinn. »
L'absence de rire après ce jeu de mot ne fait rien pour améliorer l'humeur de Jérôme. On dirait presque que c'est son cabanon à lui qui vient d'être dévasté.
« Hum, bon. On va reprendre depuis le début. Je m'appelle Jérôme et je suis le génie de ce jeu de Millionnaire. Vous avez gratté trois fois le symbole télé, ce qui fait que je suis apparu pour exaucer des vœux. Tada! » fini-t-il en faisant les 'mains jazzi'.
« Vous... Quoi? »
« Bon sang j'ai encore causé une commotion cérébrale! » soupire Jérôme avec lassitude en tirant deux chaises de.. Eh bien de nulle part. « Asseyez-vous, ça risque de prendre du temps comme à chaque fois avec un débile. »
« Hey! »
« Bon, je suppose que vous avez vu le dessin animé Aladdin? Ou un téléfilm à son sujet? Vous en avez au moins entendu parler? Les Milles et une Nuits, tout ça... »
« Avec Ali Baba? Les quarante violeurs, tout ça? »
« Non, ça c'est un film porno. Ali Baba avait quarante voleurs, lui. Avec la caverne magique, le sésame ouvre toi, je vois que vous avez une vague idée de quoi je cause. Mais c'est d'une autre nuit que je vous parle. »
« Aladdin... Celui qui avait trouvé une lampe à huile magique et quand il l'avait frottée un génie était apparu pour lui exaucer trois vœux? » tente Paul.
« Voilà. Bingo. T'as gagné le droit de rejouer. »
« Mais, et le rapport avec vous? »
« Je suis un génie aussi. »
« Mais je n'ai frotté aucune lampe à huile ces derniers jours... » murmure Paul en tentant de se souvenir de son dernier voyage en Tunisie.
« Oubliez un peu la lampe, c'est du folklore Disney. A l'origine les Djinns étaient liés à des bagues, et il suffisait de les appeler pour qu'ils apparaissent. »
« Ah bon? »
« Oui. »
« Mais et le costume? Les babouches, la chemise ouverte, les pantalons gonflés... »
« Folklore aussi. Un génie s'habille comme il veut. Et puis franchement le style 'chemise ouverte et chaîne en or qui brille', même à Marseille ça me va mal. »
« Vous ne flottez pas en l'air... »
« Vous non plus et je n'en fait pas tout un fromage. »
« Non mais je veux dire... »
« Je sais ce que vous voulez dire, oubliez un peu les détails et le décor et concentrez-vous sur l'important! » le sermonne Jérôme.
« Et c'est...? »
« Vous avez des vœux que je peux exaucer! » sourit Jérôme – et si Faust était là il reconnaîtrait ce sourire.

Des vœux à exaucer... Paul avait en effet oublié ce détail. Le sourire revient à son visage auparavant fermé : c'est peut-être une vie meilleure qui s'ouvre à lui grâce aux jeux finalement!
« De combien de vœux parle-t-on? » demande-t-il au Djinn en Jean's.
« Eh bien à l'origine le nombre était illimité... »
« Youpiii! »
« .. Mais suite à une forte incompréhension et à une croyance populaire indéfectible, ce nombre a dû être ramené à trois. » s'excuse le génie génial.
« Comment ça? » demande un Paul tout dépité.
« A force d'entendre dire dans les récits pour enfant et dans les blagues – je ne parlerai même pas des téléfilms – que le génie accorde trois vœux, les gens ont fini par y croire mordicus. Si d'aventure on leur en propose un de plus ils craignent une quelconque arnaque et nous envoient paître. Parfois littéralement : j'ai un collègue que son client a souhaité voire 'brouter tout un champ jusqu'à l'horizon'. Son haleine sent encore aujourd'hui le trèfle... »
« Non mais moi ça me va, d'avoir plus de vœux. J'y crois, j'y crois, pas d'arnaque! » assure Paul.
Mais rien n'y fait, Jérôme secoue la tête négativement.
« Désolé Paulo – je peux t'appeler Paulo? »
« Non. »
« Paupaul? »
« Non. »
« On peut au moins se tutoyer? »
« Sans problème. »
« Donc désolé Paul, mais tu peux toujours courir. C'est comme à chaque fois, la majorité souffre des abus d'un minimum de petits malins. Il y en a qui ont demandé à avoir plus de vœux après la nouvelle directive des trois, et ils ont trouvé moyen de râler, de nous faire des procès, ça a été hideux, donc nous avons pour ordre de nous limiter à trois. »
« Qui ça 'nous'? »
« C'est toute une organisation, les génies, les leprechauns, les farfadets et tout ça. C'est compliqué. En gros, à moins que je ne veuille me faire bouffer par un troll, tu n'auras que trois vœux. »
« Et si mon premier vœux est d'avoir mille vœux? »
« Tu te prendras mon pied au cul tellement fort et profond que toutes tes idées à l'avenir auront le sigle 'pointure 46' tamponné dessus. »
« Hum... »
« Aucun vœu augmentant le nombre de vœux n'est autorisé. »
« Espèce de fonctionnaire... » grommelle Paul à voix basse.
« COMMENT? » s'énerve Jérôme en devant un géant remplissant le cabanon en entier, rougeoyant d'un feu intérieur semblant venir de l'enfer lui-même.
« Je.. Euh... Rien. Pardon. »
« C'est mieux. » crache Jérôme en redevenant normal. « Alors, tes vœux? Tu n'as qu'à dire 'je souhaite' au début de ton vœux et le reste va tout seul. Mais réfléchis-y bien, il n'y a pas de service après-vente. »

« Alors? Femmes? Voitures? Argent? Pouvoir? Superpouvoirs? En générale les souhaits tournent plus ou moins autour de ça... » continue Jérôme en regardant Paul réfléchir. « Tu veux peut-être la même chose que Rocco Siffredi? »
« Eh bien... J'ai déjà tout ce qu'il faut pour être heureux... »
« Alors ça va aller vite. Demande un sandwich au poulet trois fois et je me casse. »
« Non, non... Justement j'ai envie de garder ce que j'ai. Mais avec les nouveaux jeux d'argent je risque de tout perdre. Sauf si je deviens immensément riche! » conclue Paul avec une lueur d'espoir dans les yeux. « Génie, je souhaite avoir tout plein d'argent!! » s'écrie-t-il en levant les bras aux ciels.
« Accordé. » lui répond le djinn en continuant à se curer les ongles assis sur sa chaise.
« ... »
« Quoi, tu t'attendais à un deuxième show 'sons et lumières'? »
« Un peu, oui... » répond Paul, déçu, en regardant dans tous les coins.
« Cherches-tu quelque chose? »
« Mon argent. Il n'est pas là, est-il dans la maison? »
« Non. »
« Sur mon compte en banque alors? »
« Non, ce serait dur. »
« On va sonner à la porte pour me remettre un chèque? » continue Paul, visiblement perdu.
« Non plus. »
« Mais alors où est mon argent? » grogne Paul en regardant Jérôme d'un air méfiant.
« Eh bien sortons dehors. » déclare le génie en agrippant Paul par le bras et en le tirant vers la porte.

Mais dehors il n'y a rien. Juste le jardin de Paul, trois arbres, le cabanon, la maison, et les barrières qui séparent sa propriété de celles de ses voisins. Paul a beau chercher, il n'y a pas l'ombre d'un billet de banque ou d'une pièce de monnaie, nulle part.
« Bon sang, je me suis encore fait avoir! » lance l'accro du jeu en balançant de toutes ses forces un coup de pied dans une motte de terre. « Ouilleuh! » glapit-il alors en se mettant à sautiller partout, le pied droit endolori.
« A ta place je contacterai un géologue. » commente Jérôme en ricanant.

Deux jours plus tard les géologues, tout excités, font leur rapport à Paul. Ce dernier s'est acheté, pour fêter l'occasion, une mallette de jetons de poker, trois jeux de cartes, deux rouleaux de Morpions à gratter et une pièce en argent porte-bonheur gravée de sept trèfles.
« C'est incroyable! Tout le sous-sol de votre propriété est un gisement incroyablement pur d'argent! »
« Nous n'avions jamais vu cela! »
« Ni même une telle quantité. »
« C'est impensable que personne ne s'en soit aperçu en construisant la maison... »
« Le plus drôle c'est que ce gisement est parfaitement vertical, il ne dépasse même pas d'un centimètre sur les propriétés voisines. »
« Donc... » les interrompt Paul en tentant de mettre ses idées au clair, « Je suis riche, non? »
« Sur le papier, oui. Sans conteste. »
« Mais en réalité c'est plus compliqué. »
« Comment ça? » s'inquiète le nouvel ancien-riche.
« Eh bien il faudrait l'exploiter, ce gisement. »
« Creuser le sol. »
« Il faudrait une mise de fond pour acheter le matériel, embaucher le personnel... »
« Et du personnel qualifié, hein, n'allez pas embaucher au noir les gosses du voisin. »
« Mais avant tout il faudrait un permis. »
« Quasiment impensable dans une zone urbanisée telle que celle-ci, dans une propriété entourée de maisons, proche d'un centre commercial... »
« Peut-être qu'une grande société spécialisée pourrait obtenir tous les droits et en tirer un bénéfice. »
« Mais il vous faudrait alors vendre votre propriété et votre filon. »
« A un prix dérisoirement inférieur à la valeur réelle, et de toute façon vous n'aurez pas le choix. A moins de creuser tout seul avec votre pelle. »
« Mais vous ne pourriez vendre cet argent tout seul. »
« Même purifié. »
« Je pense même que vous mettriez votre vie en péril si vous tentiez d'écouler autant d'argent. »
« Cela ferait chuter gravement le cours de ce métal. »
« Son prix dégringolerait, ce serait un effet boule-de-neige. »
« Au final votre gisement lui-même ne vaudrait plus rien. »
« En gros, sur le papier, vous êtes incroyablement riche grâce à ce filon miraculeux. »
« Mais en réalité vous avez juste un terrain contenant trop de métal pour y faire pousser quoi que ce soit. Je vous conseillerai d'arrêter de manger les fruits de votre pommier, là, vous risquez une intoxication à l'argent. »
« On appelle ça l'argyrie. »
« Bonne soirée et au revoir. »


(A suivre)
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Jérôme

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MessageSujet: Re: Réponse de Jérôme   Lun 16 Nov - 2:17

(Suite)


« Espèce d'ordure! » hurle Paul à l'attention de Jérôme, de retour dans le cabanon.
« C'est ton souhait? Un tas d'ordure? »
« Tu m'as arnaqué sur toute la ligne! » gronde le faux riche en pointant son ticket à gratter vers le visage maintenant outré du génie. « Tu m'as fait apparaître un tas de métal inutile dans le sol, alors que mon souhait était d'être riche! »
« Non, ton souhait était, et je cite, d'avoir 'tout plein d'argent'. Eh bien te voilà exaucé, tu possèdes des tonnes et des tonnes d'argent. Pourquoi râle-tu dans ce cas? »
« Ca ne me sert à rien! »
« Pas ma faute. Pas mon problème, non plus. »
« Tu as joué sur les mots! » s'indigne Paul en crispant les poings.
« Non, c'est TOI qui a été trop vague dans tes termes. » le contre Jérôme. « Et soit heureux que je ne sois pas un avocat ou alors j'aurais tourné tes propos de telle sorte que tu serais en ce moment en train de mourir, pauvre, dans une prison sombre et glacée quelque part en Turquie. »
« ... Hein? »
« J'aurais pu par exemple te donner de l'argent provenant d'un braquage de banque sanglant, ou des billets de banque appartenant à un caïd de la pègre, le tout en laissant assez de preuves menant jusqu'à toi. A la place je t'ai donné exactement ce que tu as demandé, d'une façon qui ne te menace ni de mort ni de prison. Ni de rien d'autre. Sauf peut-être d'une variété peu commune de saturnisme si tu manges encore des tartes au pommes faites maison... »
« Grmbl. N'empêche, je suis assis sur un tas de minerais inexploitable en l'état des choses. Je n'ai aucun moyen d'en tirer le moindre profit, même si je me battais devant les tribunaux pendant... »
« Je te rappelle qu'il te reste deux vœux. » l'interrompt Jérôme.

« Bon celui-là est explicite. Génie, je souhaiterais que mon gisement d'argent soit exploité en toute légalité par une société à mon nom, avec tous les bénéfices me revenant sans possibilité de détournement ni fraude fiscale, sans que quiconque ne s'étonne de la facilité avec laquelle j'ai eu les permis, et sans gêner aucunement le voisinage ou l'environnement de quelque façon que ce soit. » déclare Paul avec confiance, planté fièrement devant le génie.
« Pas mal, je suis étonné. Tu as même pensé à protéger tes voisins d'éventuels éboulements et autres accidents. »
« Euh... Je peux encore rajouter mes employés dans la protection? »
« Ok, si tu me permet quand même de gêner le voisinage par un minimum de bruit en journée, sinon je ne vois pas comment faire. On parle quand même de creuser du dur avec des machines de plusieurs tonnes, tu sais... »
« D'accord, un peu de bruit, mais rien après 20 heures. »
« Ca roule! » déclare Jérôme en souriant et en tendant sa main à Paul. « Exaucé! »
Et les deux hommes se serrent la main. La richesse commence pour notre joueur qui, malgré sa première expérience désastreuse, continue à parier qu'il est plus intelligent que les forces mystiques...

Quelques semaines plus tard, Paul se tient debout à côté de Jérôme devant sa propriété où se tenait auparavant sa maison et le cabanon. Il revient d'un tournoi de poker menteur, sans son alliance.
« Ok, j'avoue, j'avais oublié de protéger ma maison et mes biens. » déclare Paul, mi figue mi raisin.
« On ne peut pas penser à tout. » le rassure le djinn en mangeant une pomme argentée.
« Mais bon, ma femme et mes gosses aiment bien l'hôtel particulier que j'ai acheté et où l'on vit maintenant grâce aux rentes de ma société, donc ce n'est pas vraiment catastrophique. » admet-il.
« Je t'ai même rendu le service de sauver tes souvenirs et photos familiales avant que les constructeurs ne dynamitent ta maison, et ce sans gaspiller le dernier vœux. » ajoute le génie.
« Ouaip. »
« Donc personne ne se plaint. »
« En effet. Désolé de t'avoir engueulé au début, au final tout va bien. » achève Paul, tout content, en voyant un autre camion chargé à raz-bord d'argent s'en aller vers la Bourse aux Métaux.

Encore quelques semaines plus tard...
« Les émeutes font rage dans les pays exportateurs d'argent, tu as vu? » demande Jérôme en levant les yeux de son journal. « Ils sont en pleine récession. Famines, guerres, qui sait ce qui va arriver ensuite... »
« Rha mais tais-toi! » s'énerve Paul en continuant à marcher en rond à toute vitesse dans le salon bleu de sa nouvelle habitation située au-dessus d'un complexe de casinos. « Je suis déjà au courant, mes conseillers m'ont déjà briefé. Selon eux le pire c'est que le cours de l'argent a tellement chuté depuis l'introduction de mon minerais dans les échanges mondiaux que ma propriété vaut moins maintenant que quand il n'y avait pas d'argent! »
« Ah bon? »
« Oui. »
« Parce que selon le New York Times, le pire c'est que la chute du cours de l'argent a entraîné avec lui une forte chute des cours de l'or, du cuivre, et du maïs. » rétorque Jérôme. « Pour le maïs j'avoue que je ne comprends pas... »
« ... Comment? »
« Eh bien pendant que tu te focalises sur le déclin de ta fortune personnelle tu ne peux pas t'apercevoir que le monde entier est en train de sombrer dans une grosse crise financière. Le Dow Jones est dans les chaussettes, le CAC40 fait de la plongée sous-marine et le Nikkei fait de la spéléologie. »
« Et le Nasdaq? » demande sarcastiquement Paul.
« L'enterrement aura lieu jeudi. »
« Et tout ça à cause de mon filon? »
« Dans la nouvelle économie tout est lié, tu sais... »
« Donc c'est TA faute! » râle encore Paul (vous n'avez pas remarqué comme il est toujours à cran celui-là?).
« Et on y revient... » soupire le djinn. « Je te signale que j'ai, une fois de plus, strictement et scrupuleusement suivi ton vœu à la lettre. Aucun voisin n'est gêné, aucun employé n'est blessé, l'environnement va bien... » énumère Jérôme en se levant.
« Mais... »
« Mais tu n'as rien dit concernant l'économie mondiale, tête de linotte! » finit le Génie en ponctuant sa phrase en toquant du doigt sur la tête de Paul.
« Mais comment aurais-je pu savoir que... » tente Paul, mais...
« Les géologues t'avaient prévenu. » le contre Jérôme.
« Qu'est-ce que tu en sais? Tu n'étais même pas là! »
« En es-tu sûr? » demande Jérôme en prenant la forme d'un géologue. « Héhé, échec et mat. »
« Grmbl! Je suppose que je dois demander 'mais comment vais-je faire', maintenant? Et tu me répondras qu'il me reste un vœu? »
« Il y a de ça, oui. »
« Mais si je fais un autre souhait ça va encore mal finir! » proteste Paul en devenant tout rouge.
« Pas forcément... »
« Mais il y a quand même de fortes chances, hein? »
« Ah, ça, avec toi, c'est un pari sûr... »
« Toi, tu sais comment faire pour tout arranger, non? » demande alors Paul.
« Oui. Je sais toujours tout. Je suis un génie génial après tout. »
« Et un djinn en jean's. »
« Tu apprends vite, héhé. Mais je te préviens tout de suite je n'ai pas le droit de formuler un vœu à ta place ni même de t'en dicter un, même si tu souhaitais que je te dicte un souhait. »
« Je m'en doutais. Néanmoins il faut tout de même des pouvoirs de génie pour que tout rentre dans l'ordre, donc... »
« Non... »
« Je souhaites... »
« Stop! »
« .. Avoir tous les pouvoirs... »
« Je... Te... Dis... »
« ... D'un gé- »
Mais avant que Paul ne puisse terminer son vœu, le djinn repasse en mode géant rougeoyant. C'est beaucoup plus impressionnant dans un loft spacieux que dans un petit cabanon, laissez-moi vous le dire.
« ARRETE! » s'époumone le génie en fissurant les vitres pourtant blindées de l'hôtel particulier. « Ce genre de souhaits ne se termine jamais bien! Je te signale qu'avec tout pouvoir viennent des complications et des obligations. »
« Tu te prends pour Spiderman? »
« Si tu avais fini ton souhait tu aurais en ce moment les pouvoirs d'un génie, mais en quoi cela t'aurai-t-il aidé? Un djinn ne peut utiliser ses pouvoirs que pour les souhaits des autres, espèce d'abruti! »
« ... Oh, vu sous cet angle... »
« De plus tu aurais été instantanément lié magiquement à un objet près de toi. Par exemple cet oreiller, ou ce briquet, ou même la corbeille à papier là-bas... » ajoute Jérôme en redevenant Jérôme.
« Dis-moi, tu as l'air de parler en connaissance de cause... » se rend alors compte Paul.
« Eh bien, disons juste que j'ai moi aussi trouvé un génie une fois. »
« Ah? Tu étais comme moi avant? »
« Non, j'étais déjà un génie. Mais sans pouvoir spécial, juste un gars très intelligent, héhé. Un jour j'ai trouvé une paire de chaussures qui m'allaient parfaitement bien. C'est tellement rare que j'ai fait des pas de claquettes. Au troisième un génie m'est apparu et m'a fait la même offre que je t'avais faite. »
« Et tu as demandé quoi? »
« Eh bien en premier, pour tester, je lui ai demandé de me faire voir le meilleur film jamais tourné. »
« Ah? Et c'était quoi? C'était bien? »
« Aucune idée. C'était en moldo-slovaque non sous-titré, je n'ai rien pigé du tout. Par contre les décors et la mise en scène étaient géniaux, c'est vrai. »
« C'est déjà ça. Et ton deuxième vœu? » demande encore Paul.
« Le génie pensait m'avoir eu pour le deuxième : il m'avait fait voir le film dans son pays de tournage, en Tchécocroatie. Je me retrouvais donc seul sans argent ni moyen de transport dans un pays lointain sans ambassade française et sans connaître la langue. Il pensait que mon souhait serait de rentrer chez moi. »
« Et? »
« Je me suis dit qu'il essayerait encore de m'entuber, de jouer avec la définition de 'chez moi', ou de 'rentrer', ou bien de l'époque à laquelle je rentrerai, ou même du moyen de transport... »
« Te forcer à courir jusque chez toi par exemple? »
« Voilà. Alors j'ai sauté les étapes et j'ai souhaité avoir les pouvoirs d'un génie, et hop, je me suis retrouvé lié à ce ticket de grattage que j'avais en poche. Et toujours coincé en Tchacocroatie qui plus est. »
« Comment es-tu rentré? »
« On s'en fout. Disons juste que j'ai exaucé des souhaits concernant des voyages dans le temps, un périple sur Mars et une photographie de Jésus, et je me suis retrouvé à exaucer les souhaits d'un vieil ivrogne qui souhaitais juste finir sa vie dans l'alcool. »
« C'est marrant, l'ancien propriétaire de ma maison avait donné son corps à la science, et... Oh, il est maintenant exposé en morceaux dans des cuves d'éthanol, ok... »
« Bref, tu avais un souhait? »
« Et si jamais je te libérais de ta charge? » trouve alors Paul en claquant des doigts. « Est-ce que tout redeviendrai normal? »
« Pas du tout. Tout ce qui a déjà été fait resterai tel quel. Et je serais de très mauvaise humeur parce que finalement j'aime bien ce boulot, moi. » rétorque Jérôme. « Alors, tu trouves? »
« ... Franchement... Je ne vois pas... Si tu ne m'aides pas et que je suis quasiment sûr que tout vœu sera mal interprété... » lance Paul, visiblement déprimé. « Je ne vois pas. »

Paul et Jérôme restent donc debout en silence pendant plusieurs minutes pendant lesquelles le nouveau riche réfléchit intensément. Il sait que de lui dépendent la stabilité économique du monde, mais aussi le bien-être de sa famille, la vie d'ouvriers sous-payés des pays défavorisés, le CAC40 et l'industrie du disque (qui cherche toujours quelqu'un à blâmer pour ses erreurs).
« Pfff... » laisse échapper Paul au bout d'un moment en contemplant son ticket gagnant. « Franchement, je souhaiterais ne jamais avoir gratté ce ticket. »
« Ah? Vraiment? » s'exclame Jérôme en souriant plus que jamais.
« Hey, non, attend, j'ai juste dit ça comme ça... » se reprend Paul en commençant à paniquer.
« Accordé! » clame le génie en claquant des mains dans une lumière éblouissante.


Quelques semaines plus tôt, dans le cabanon.
Paul vient de trouver le ticket au fond de l'armoire et le contemple, ce symbole en papier de l'emprise qu'a le jeu sur sa vie. Ce symbole du destin implacable qui va bientôt écraser sa vie à grands renforts de publicités clignotantes sur le web, avec huissiers de justice et divorce à la clé...
« Mais et puis quoi encore? » se récrie soudain Paul en se redressant de toute sa taille. « Je suis quand même aux commandes de ma vie, non mais! Je suis clean depuis des années! Et puis j'ai beau avoir éloigné le plus de tentations possibles ce n'est pas comme s'il avait suffit d'une simple pichenette pour me faire redevenir la larve parieuse que j'étais auparavant... Après tout il m'aurait suffit de m'intéresser aux chevaux pour commencer à me ruiner au PMU, ou bien d'aller dans les quartiers populaires pour dépenser ma paye en bonneteau... C'était un choix conscient, de repousser les casinos et les jeux de grattage, non? Il me suffira de ne pas cliquer sur les publicités de jeux en ligne! Et vlan! » achève-t-il en déchirant en mille morceaux le ticket de grattage et en jetant ses morceaux à l'extérieur.
Et Paul s'en retourne alors chez lui retrouver femme et enfants pour mener le reste de sa vie sans parier, gratter, jouer ni même deviner « qui c'est qui lui cache les yeux ».

Happy end.





« Happy end, happy end, parle pour toi! » grommellent alors les morceaux de ticket portés par le vent d'est, en se mettant à briller de mille feux avant de disparaître...
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