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 Réponse : version paranoïaque (par Orlamonde)

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Date d'inscription : 28/04/2006

MessageSujet: Réponse : version paranoïaque (par Orlamonde)   Lun 1 Mai - 17:46

Vendredi 21 octobre :

On a essayé de me tuer.
Voilà pourquoi j’ai décidé de tenir mon journal à partir d’aujourd’hui. Coucher sur papier toutes les tentatives afin que si je disparaisse, il subsiste des traces pour pouvoir les retrouver, ces salauds.


Dimanche 23 octobre :

Ce matin, ça m’a pris. Comme une envie pressante et impérieuse. J’ai beau me raisonner, penser aux dangers qui m’attendaient au dehors, me dire qu’il sera bientôt téléchargeable sur Internet grâce à un pirate attentionné... Non. Je..

Paul interrompit son écriture et posa son stylo, en proie à une tension de plus en plus grande. Signe d’anxiété, deux gouttes de sueurs perlèrent à son front. Soudain, brusquement décidé, il se leva de sa chaise, enfila sa veste, y glissa son portefeuille, tendit sa main vers les clefs accrochées sur le mur près de la porte d’entrée et.... stoppa net. Réalisant tout à coup la démesure de son acte, il suffoqua littéralement et se précipita vers la salle de bain en jetant machinalement sa veste sur une chaise. Vingt minutes plus tard, la figure lavée à l’eau fraîche et enfin sûr de sa décision, il franchissait la porte de son appartement.

Tous les deux mètres environ, il s’arrêtait pour jeter des regards suspicieux autour de lui. Un mendiant au coin de la rue attirait particulièrement son attention. A son air malin et hargneux, le vieux clochard aux cheveux gras appartenant sans nul doute à la classe des individus potentiellement dangereux. Et si celui-ci était armé ? Employé par l’un de ces ennemis pour se débarrasser de lui ? Paul traversa la route pour ne pas se retrouver sur le même trottoir que celui du SDF. Celui-ci le fixait toujours de son regard hargneux. Au moment où il se retrouva en face de lui, Paul vit le vieil homme passer la main dans son veston intérieur, il aperçut un éclat métallique et s’attendant à tout instant à ce qu’une balle lui foudroie la poitrine, il se mit à courir tel un dément, à toute allure. Sur l’autre trottoir, le vieux clochard s’attaqua goulûment à sa canette en observant la fuite de Paul avec des yeux ébahis.

Notre héros n’osa s’arrêter que deux kilomètres plus loin. Plié en deux, il reprit difficilement son souffle. Ce n’est qu’une fois calmé qu’il réalisa que le vent soufflait fort et qu’il avait oublié sa veste sur la chaise de la cuisine. Apercevant une bouche de métro quelques mètres plus loin, il s’y engouffra en lançant derrière lui un regard inquiet.

Paul longeait le mur, dos au quai. Il n’était pas dupe et savait bien que s’il se plaçait au bord, il prenait le risque d’être poussé contre les rails. Avec ses yeux effarés et son air échevelé, notre homme n’avait pas bonne mine et chaque voyageurs prenait de la distance avec cet étrange individu. Ca y est le métro arrivait, Paul consentit à lâcher le mur pour pouvoir entrer dans la rame.
Depuis tout petit, même avant qu’on s’en prenne à sa vie, il avait toujours été paniqué par les métros. C’est qu’un attentat est si vite arrivé et tous ces sacs informes disséminés dans le wagon formaient une armée silencieuse et redoutable, capable, en une poignée de secondes, de mettre sa vie en éclats. Tel un condamné face à son peloton d’exécution, Paul se liquéfiait sur place, il suait de tout son corps et commença à être en proie à des tremblements irrépressibles : l’explosion, il en était sûr, était imminente.
Pour éviter de s’effondrer sous la panique, il ferma les lieux et se mit à penser au lieu le plus reposant qu’il connaisse : l’étagère de son salon. Paul en connaissait chaque détail : les livres et dvd rangés dans l’ordre de parution sur le rayon supérieur puis les tee-shirts et autres vêtements à l’effigie de son héros ; les nombreux porte-clefs, agendas et autres babioles, le balai d’or remporté par le jeune magicien à la fin de « Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban » fruit de nombreuses soirées de labeur où il avait peint un vieux balai au marqueur doré... Paul allait à présent se remémorer les différents jeux vidéos en sa possession lorsque le bip d’ouverture des portes retentit.
Conscient qu’il fallait faire vite, très vite, il se pressa de sortir à cette station.

Ca y est, le cinéma était enfin face à lui et lui tendait les bras, promesse d’un havre de paix. A l’intérieur il ne craindrait plus rien grâce aux pouvoirs surnaturels d’Harry. C’était pour cette sortie en avant-première que Paul avait mis son existence en péril, mais là, dans la file des spectateurs, il oublia toutes les embûches et il surprit même à siffloter « Y a de la joie » de Charles Trenet tout en lançant des clins d’oeil enjoués aux personnes alentours. Ce n’est qu’une fois arrivé devant la guichetière que Paul dû affronter le pire moment de son existence. Un drame dont il ne se remettrait jamais totalement et dont il ne pourrait se remémorer les détails, même plusieurs années après, sans sentir un frisson lui glacer la poitrine. En effet, juste après avoir claironné fièrement « une entrée pour Harry Potter et la coupe de feu », son cœur cessa de battre lorsqu’il mit la main dans sa poche à la recherche de son porte-monnaie. Il lui fallût bien se rendre à l’évidence... celui-ci n’était dans aucune de ses poches, et son absence engendrait l’impossibilité de pénétrer dans le temple sacré.

Il ne fallu pas plus d’un quart de seconde au cerveau de Paul pour reconstituer la trame des évènements : il se rappela de ce jeune homme barbu au regard mystique qui s’était bizarrement frotté contre lui au moment de l’entrée dans le métro, celui-ci paraissant comme investi d’une mission. Paul réalisa à posteriori qu’il avait des ordres et non des moindres : il avait du être recruté pour lui subtiliser son porte-monnaie. Ainsi, tout avait été savamment orchestré par cette terrible mafia dans le seul et unique but de le pousser au suicide. On continuait donc de vouloir attenter à sa vie mais de manière plus pernicieuse encore ! Mais jusqu’où irait leur ignominie ? Il en était là de ses réflexions lorsque la guichetière lui lança d’un ton sec : « Désolé monsieur, au revoir ! ». Paul se demanda comment il était possible dans une situation pareille de faire preuve d'autant de sérénité et même dans ce cas précis, d'une si abominable indifférence ! « Elle n’a d’humain que l’apparence », se dit Paul qui chercha sur le visage de la guichetière quelques indices pouvant corroborer cette théorie. Les yeux éteints et les gestes mécaniques de celle-ci le confortèrent dans son idée.





Marchant sur ses espoirs déçus, Paul s’éloigna du cinéma en songeant au travail qui l’attendait encore pour parfaire l’imitation du balai doré.
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