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 Ecrits personnels

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Florent



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MessageSujet: Re: Ecrits personnels   Lun 13 Aoû - 18:39

Le silence, rythmé seulement par le bruit du vent côtier et de notre respiration. Je sortis de notre abri, je regardai au-dessus de l'escalier : tout ce qui se trouvait au-delà des marches avait été soufflé. Enmala sortit à son tour. On se regarda.
- Il faut trouver un abri.
- Et de la nourriture.
La nuit était presque tombée. On chercha des débris pouvant servir à nous abriter, mais tout était soit de la soupe soit de fins morceaux pulvérisés à la vitesse du son. On se résigna donc à pénétrer dans la forêt dans la nuit noire. Au bout de quelques centaines de mètres on entendit des bruissements dans les feuillages. Enmala, protectrice me dit :
- Restez derrière moi.
Elle avança silencieusement. Un autre bruissement, Et Enmala disparut derrière les feuillages.
- Enmala !
Je courus la chercher. Un instant plus tard j'entendis le rugissement d'un félin énorme. Je levai les yeux et je vis une panthère se débattre dans les airs. Elle se déplaça lentement et tomba de quelques mètres sur le sol, plus loin. Enmala ressortit de la végétation. Elle saignait.
- Ça va ?
- Je suis un peu blessée mais j'ai pu maîtriser cette créature.
- Elle volait avant !
- C'était moi, mes dons d'Énergétiste.
- Vous auriez pu la tuer tant qu'à faire.
- Chaque créature tuée gratuitement est un motif pour mourir, selon mon dieu Énatéus. Et laisse tomber ce vouvoiement, pas la peine d'être aussi poli.
- Heu, d'accord, comme vous... tu veux.
Elle arracha un pan de son habit de cérémonie et s'en fit un bandage précaire. Nous progressâmes. Quelques centaines de mètres plus loin, on ré-entendit des bruissements, semblables cette fois à des pas humains. Enmala dit aux feuilles :
- Nous avons été attaqués, nous sommes les seuls survivants.
- L'Île ? répondit une voix dans les plantes.
- Oui. Pouvez-vous nous fournir de l'aide ?
- Mh, venez.
L'homme qui chassait dans la forêt se découvrit. Curieusement il avait l'allure d'un parfait Européen, pas d'un membre de ces tribus reculées d'Amazonie. Je poserais ma question à Enmala plus tard.
Il nous conduisit à travers la forêt pendant plusieurs kilomètres, nous avancions très lentement à cause de tous les obstacles naturels de la forêt. Au bout de plusieurs heures à marcher dans la nuit noire, on aperçut des lueurs lointaines, assez discrètes cependant. On approchait, et l'on put clairement distinguer de petites maisons faites en bois et en divers matériaux. On arriva aux portes d'un petit village, clôturé pour éviter les visites impromptues de bêtes sauvages. Un guet muni d'une torche en métal (une boule lumineuse au bout d'un manche) vint à notre rencontre. Le chasseur parti pour plusieurs jours expliqua qu'Enmala et moi étions des rescapés de l'Île, le guet acquiesça et nous ouvrit la porte du village. Enmala l'informa qu'elle était blessée, le chasseur ne l'ayant pas remarqué s'empressa d'examiner la griffure, qui était assez profonde et qui allait de son bras gauche à ses dernières côtes. On nous conduisit vers une petite maison, le chasseur frappa à la porte de bois, Enmala était si étonnée de voir tant de bois rare dans cette endroit qu'elle en oubliait sa blessure, d'après son regard. Ce dernier croisa le mien, elle sourit d'un sourire qui se voulait franc, pour me réconforter sans doute. Je lui répondis timidement et tristement par un petit sourire forcé.


Dernière édition par Florent le Lun 22 Oct - 22:27, édité 1 fois
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Florent



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MessageSujet: Re: Ecrits personnels   Mar 14 Aoû - 23:49

Un homme arriva et ouvrit la porte. Il était assez vieux, mais il avait un visage joyeux naturellement. Il regarda le chasseur et lui dit :
- Déjà rentré de ton épreuve, Tandatt ?
- J'ai rencontré ces deux personnes (il nous désigna) ; ils disent venir de l'Île.
- J'ai été blessée par un tigre dans la jungle, pouvez-vous m'aider et nous loger ?
Le vieil homme répondit :
- Vous loger, je ne pense pas, mais je peux vous soigner : je suis le médecin du village. Entrez, je vous en prie. Merci, Tandatt, mais je te conseille de repartir en forêt ; le Conseil va t'humilier s'ils découvrent que tu es revenu avant un mois.
- Oui, mais je ne pouvais pas les laisser seuls dans la forêt !
- Le Conseil n'en as cure, tu sais bien qu'ils détestent les personnes étrangères au village.
Il repartit aussitôt vers la forêt. Le médecin s'adressa au guet :
- Merci Gernik, bonne nuit.
- Bonne nuit à vous, Sanrell.
Nous entrâmes dans la maison du médecin. C'était petit. L'ameublement se résumait à une table, deux chaises, un lit, une bibliothèque et une petite armoire.
- Vous, asseyez-vous là (Sanrell montra à Enmala son lit). Vous, attendez là (il me montra une de ses chaises et prit l'autre pour s'asseoir).
Je m'assis, et j'observai les soins du vieil homme. Il se pencha d'abord sur la griffure, la regarda de près, avant d'ouvrir sa petite armoire à portée de main. Elle était remplie de petites fioles et de matériel de soin en métal. Il prit un gros flacon, et le posa sur le lit. Il demanda à Enmala de défaire la partie haute de son habit de cérémonie, ce qu'elle ne put faire qu'après que je me sois retourné. Je ne perçus le reste qu'avec mes oreilles.
J'entendis le médecin déboucher le flacon, puis Enmala sursauter (c'était un peu froid). Au bout de quelques secondes elle soupira, et dit qu'elle ne sentait plus sa blessure, comme si cette sensation était habituelle. J'appris plus tard que ce produit désinfecte et anesthésie les blessures dans le même temps, et qu'il était largement utilisé ; Enmala n'en était donc pas à sa première blessure.
J'entendis ensuite l'armoire se rouvrir, des mains chercher dedans, et enfin la porte se refermer. Puis le silence pour plusieurs minutes. Le médecin prit de nouveau quelque chose dans sa pharmacie, puis Enmala soupira de réconfort. Peu après je l'entendis refaire sa tenue, je me retournai donc. Je vis rapidement une pâte jaune un peu transparente recouvrant toute la griffure, et dessous la blessure recousue. Une fois convenablement rhabillée, Enmala remercia plusieurs fois Sanrell, qui lui dit plusieurs fois que ce n'était rien et qu'il était heureux de pouvoir aider une pauvre âme en détresse. Il nous dit de nous diriger vers l'auberge du village, où nous pourrions trouver des lits pour la nuit.
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Paulochon



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MessageSujet: L'Arbre et le tout, tout petit enfant   Ven 17 Aoû - 23:27

En un temps incertain, assez lointain murmurent quelques personnes, il y avait une petite étoile qui brillait au milieu d’un vaste espace noir. Autour de cette petite étoile, tournait une très petite planète, encore plus petite que la petite étoile. Sur cette très petite planète, verdoyait un tout petit jardin, encore plus petit que la très petite planète. Enfin, au milieu de ce jardin, endormi, bercé par le vent caressant ses cheveux, se reposait un tout, tout petit enfant, encore plus petit que le tout petit jardin, à l’ombre d’un arbre, un peu plus grand que lui, comme un grand frère, rassurant, protecteur. Le tout, tout petit enfant n’était pas très jeune, mais n’était pas très vieux non plus. Comme il dormait très souvent, il ne savait jamais trop combien de jours, combien d’années s’écoulaient dans son sommeil, alors il laissait juste le temps passer, il profitait sans savoir où il en était et c’était sans doute mieux ainsi. Son seul repère, son unique refuge, c’était cet arbre.
Dans ses rêves, l’arbre lui parlait. Il lui racontait sa vie d’arbre : quand il n’était encore qu’une jeune pousse, quand ses premières feuilles sont apparues, quand il s’aperçut de la largeur de son tronc. Souvent il répétait au tout, tout petit enfant : « Tu en as de la chance d’avoir des jambes, tu devrais en profiter pour courir ailleurs dans le jardin ; avec tes bras tu cueillerais des fleurs et tu prendrais l’eau dans le ruisseau qui coule en contrebas ; avec ton nez tu respirerais l’odeur de tes bouquets, avec ta bouche tu goûterais la fraîcheur de ton breuvage, et avec tes yeux tu contemplerais tes trouvailles et tout le chemin parcouru. ». Mais le tout, tout petit enfant de lui rétorquer que non, il n’en était pas question, il était bien, là, adossé à l’arbre, il n’avait aucune raison de partir, et de toute façon, sans l’arbre, il ne voit pas ce qu’il pourrait faire, non, ce serait trop fou, trop dangereux. L’arbre lui répondait qu’il aurait aimé être fou s’il n’avait pas été arbre. À ce moment, le tout, tout petit enfant ne voulait plus entendre ce que disait l’arbre, grommelait, et demandait finalement à l’arbre de raconter une autre histoire. À chaque fois.
Une des histoires de l’arbre qui plaisait particulièrement au tout, tout petit enfant, c’était celle de ses racines qui en avaient croisées d’autres un jour sous terre ; dans les galeries profondes, il s’était soudain senti partager l’essence d’une vie d’arbre. En parlant, les branches de l’arbre vacillaient et ses feuilles remuaient doucement, légèrement, en effleurant avec tendresse l’ouïe du tout, tout petit enfant qui adorait cela. L’arbre prenait une voix moins grave, plus fragile : « C’était la première fois que j’étais si proche d’un autre arbre. Puis un jour quelqu’un est venu. Il a jeté négligemment un sale cylindre en feu, par terre, comme ça. Je ne sais pas ce que c’était. Je me souviens des flammes. En un instant, plus rien. Des cendres. Un coup de vent, et elles sont parties, et l’autre en même temps, jeter d’autres sales cylindres en feu plus loin. ». Là, c’est comme si les rôles s’inversaient ; le tout, tout petit enfant devenait le consolateur, alors il passait sa main sur l’écorce de l’arbre et lui donnait un peu de son sourire, qu’il avait délicatement posé dans le creux de sa main.
Mais quand le tout, tout petit enfant se réveillait, tout était silencieux, aucun son, aucun mot doux et sage de l’arbre devenu muet. Que le vent, qui soufflait toujours. Il avait beau frapper des pieds le sol, crier de toutes ses forces, l’arbre quoiqu’il arrivât restait sans bruit. Du coup, pour attendre de se rendormir, le tout, tout petit enfant prenait un fruit de l’arbre et son temps. L’exquise et inexplicable saveur le rapprochait du monde onirique où il s’entretenait avec son camarade. Il mangeait lentement, assez lentement pour qu’une fois le fruit fini, il tombât de fatigue dans l’herbe taquine – on raconte en effet, parfois, qu’il s’agissait là des doigts de la déesse Morphée qui s’évertuait à empêcher les voyageurs pressés de ralentir en se reposant par quelques chatouilles. Rien ne perturbait cependant les yeux clos du tout, tout petit enfant, tant il était déterminé à retrouver son ami. Un tout, tout petit bâillement, et le voilà dans son paradis caché de quiconque à part lui, son monde à part.
Ces toutes, toutes petites habitudes se virent bouleverser le jour où, ayant fini son fruit quotidien, le tout, tout petit enfant ne trouva pas le sommeil. Il avait beau le chercher, rien ; son sommeil avait disparu. Il avait égaré son sommeil. C’était étrange pourtant, il n’était jamais allé plus loin qu’au pied de son arbre ! Il se retourna vers son ami pour lui demander s’il n’avait pas vu son sommeil, mais n’eut aucune réponse, évidemment, puisqu’il était éveillé. Il se sentit soudain seul, effrayé. Il voulut reprendre un fruit pour chasser de vilaines pensées qui commençaient à l’assaillir. Mais sur les branches de l’arbre il n’y avait plus que des feuilles. Il s’affolait de ne pas comprendre pourquoi tout avait disparu, il s’interrogeait du comment, du pourquoi. Du qui. Mais oui ! Pendant qu’il mangeait, qu’il ne faisait plus attention à rien, quelqu’un était venu et avait tout volé ! Il en était sûr ! Et en moins de temps qu’il n’en fallut à une abeille sans dard pour mourir, il se leva et se mit à courir, sans trop savoir où, à la poursuite du voleur.
Il s’efforçait de traverser le jardin du plus vite qu’il pouvait, appuyant sur ses jambes avec violence, grandissant son souffle, forçant son cœur à combattre. Avec effort, il persistait, persistait, persistait dans son élan, et cela dura longtemps, si longtemps que son corps humide et rougeoyant prit au fil de sa course une autre forme, plus grande, plus endurcie, plus impressionnante ; cela dura si longtemps que pour la première fois il vit le temps passer, il vit le ciel qui change de couleur, la nature qui change de saison ; cela dura si longtemps que pour la première fois il vit le jardin entier, ses fleurs, son ruisseau qui coule en contrebas, mais sans regarder derrière lui, toujours devant, loin, si loin qu’il vit même ailleurs que le tout petit jardin, il vit la montagne, le désert, la forêt, la plaine, la mer, il vit tout de la très petite planète, il vit jusqu’à la petite étoile, il vit jusqu’au vaste espace noir. Il vit qu’il se sentait vivre, enfin, au fond de lui.
Cette sensation euphorisante le fit oublier son but. Il fouilla les quatre coins du monde, trouvant en chacun de nouveaux amis, avant de savoir qu’il y en avait plus que quatre, il y en avait cinq, dix, vingt, plus encore, toujours plus ! On lui demandait sur sa route qui il était, d’où il venait, lui le baladeur heureux qui faisait le bonheur des autres – car son sourire et ses souvenirs amassés çà et là éclairaient tous ceux qu’il croisait ; il en était fier. Néanmoins, ces questions le laissaient perplexe, tout cela était mystérieux pour lui-même. Puis vint un âge où tout lui apparut : il était devenu un tout, tout grand enfant, qu’importe d’où il venait, c’est ce qui était à venir qui comptait. Ce tout, tout grand enfant savait malheureusement peu d’autres choses sur lui-même, il crut que ce n’était pas un problème ; mais à force de n’être que témoin de sa vie et acteur du reste, le poids de l’incertitude croula sur ses épaules et le ralentit. Il n’était plus que l’image reflétée dans les yeux des autres. Passé partout, ancré nulle part, un fossé le séparait du reste du monde. Il était seul, encore une fois, plus que seul puisqu’il s’était perdu lui-même dans son périple.
Ce tout, tout grand enfant ralentit petit-à-petit, très lentement, très doucement, il se mit à trottiner, à marcher ensuite, à tituber finalement. Il arriva épuisé dans une ruelle pavée, face à un mur de brique rouge sang, à l’ombre de tristes tours d’acier grises et gigantesques, entouré par des poubelles débordant d’ordures, au milieu d’odeurs d’urine et de vomi. À ses pieds, un Homme, assis sur une couverture de survie, son chien endormi à côté, l’observait avec inquiétude. Lorsqu’il le remarqua, ce tout, tout grand enfant lut dans le regard de l’Homme une bienveillance singulière, celle qu’ont seuls les gens qui n’en ont pas reçu au bon moment, qui savent la pauvreté de l’âme humaine qu’on nous inflige et que les autres oublient parce qu’après tout, il paraît que les citoyens marchent bien ainsi dans cette société si normale, tout va bien, no problem, rien à signaler, m’a-t-on dit. Cette pauvreté, seuls eux la dévoilent.
« Vous non plus vous n’avez plus rien ? demanda ce tout, tout grand enfant à l’Homme.
– Si. J’ai mon chien. J’ai ma couverture. J’ai mon cœur pour les apprécier et pour garder la saveur du passé. Toi tu n’as plus rien. »
Ce tout, tout grand enfant se tut un instant. Il aurait bien voulu mentir pour rester fier, mais il en était incapable.
« Je ne sais pas si j’ai déjà eu quelque chose…
– Regarde-toi simplement, commanda l’Homme. Tu es. Tu es un tout, tout grand enfant. Mais tu es plus, tu es toi, tu dois être le tout, tout grand enfant et le devenir chaque seconde un peu plus. Regarde le chemin que tu as parcouru, regarde d’où tu es parti. Tu verras que tu as grandi. Pour en arriver là, pour traverser tout ça, il s’est produit des choses qui ont fait que. Chaque vécu diffère, chaque être est beau, chaque être a sa richesse, parfois si enfouie qu’il faut creuser des siècles pour y parvenir. Sens de quoi tu es fait, sens ce qu’il te faut, c’est cela qui te construit ; il n’y a pas de maison sans pierre. Si tu es, c’est que tu as. Passe outre les blessures, ne les oublie pas : elles seront des leçons sans devenir des plaies ouvertes. »
Ce tout, tout grand enfant, un peu rassuré, réfléchit.
« Moi je crois que j’ai oublié l’essentiel. Je n’arrive plus à savoir ce qu’il me manque. Pourtant c’est si important…
– C’est un repère qu’il te manque. Un refuge pour ne jamais se perdre dans son aventure.
– Oui. Oui, c’est exactement ça.
– Regarde dans la poubelle, ici il y a un tas de choses que les gens jettent négligemment ; parfois ça fait du mal aux autres de jeter négligemment des objets à soi, mais souvent c’est nous-mêmes qu’on affaiblit, parce qu’on a oublié la valeur de quelques morceaux de nous, aveuglés par la confiance. Quand on est baladeur, on ne doit pas être confiant, parce qu’on tombe sur du bien comme sur du mauvais, c’est ça qui fait qu’on voit mieux qu’un autre le plaisir de choses qui paraissent sinon moindres. Ces plaisirs ils sont là, entassés, jetés, négligés. Regardes-y. »
Ce tout, tout grand enfant s’approcha d’un amoncellement de déchets. Au moment précis où il allait hurler qu’il n’était pas capable, que c’était répugnant, qu’on avait pas idée de plonger sa main là-dedans pour quoi, pour des stupidités, qu’il n’avait rien à retrouver, qu’il continuerait tant pis seul tant pis la rage au ventre tant pis tant pis tant pis, que tout ça était, est, sera absurde, quoiqu’il fasse, non, ça ne sert à rien, c’est fini, voilà, il va continuer seul, tant pis, tant pis… à ce moment même, il découvrit, stupéfait, un fruit. Deux fruits. Trois fruits. Les fruits de l’arbre, par milliers. Son ami l’arbre qu’il avait oublié. Il s’en souvenait maintenant, il lui manquait, il fallait le revoir. Dix fruits. Vingt fruits. Trente fruits. Tous ces fruits enfin retrouvés ainsi qu’une direction à prendre. Il était le tout, tout grand enfant et il devait retourner dans le jardin, son jardin, son coin de jardin, au pied de son arbre. Il se rappelait tout maintenant, en repêchant tous ces fruits. Et son sommeil.
Il n’avait pas dormi depuis une éternité. Lorsqu’il ouvrit les yeux, il était allongé sur l’herbe taquine, bercé par le vent caressant ses cheveux ; il y était, son monde à part qu’il s’était caché à lui-même. C’était bien là. Il y était retourné, sans doute que l’Homme l’y avait porté, ou son chien, ou un autre passant pris de pitié pour le tout, tout grand enfant endormi la tête dans la poubelle. Pourtant, si c’était bien le cas, il aurait dû entendre la voix rassurante de l’arbre pendant qu’il dormait, il aurait dû le rejoindre dans ses rêves. Il y avait quelque chose qui n’allait pas. Il se retourna. Derrière lui il n’y avait rien, que des cendres. Il y eut un coup de vent ; toutes les cendres partirent ensemble, subitement. Des tonnes de fruits accrochées au dos et lui courbant l’échine, il regarda les yeux brillants s’éloigner les cendres, quittant le tout petit jardin, quittant la très petite planète, quittant la petite étoile, quittant le vaste espace noir, il les regarda le quitter lui.

FIN


Dernière édition par Paulochon le Lun 17 Sep - 4:59, édité 1 fois
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Florent



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MessageSujet: Re: Ecrits personnels   Mar 4 Sep - 19:27

La suite.


Nous sortîmes de la maison du médecin, et nous nous dirigeâmes vers le centre du village. Enmala reconnut une enseigne et me dit :
- C'est là.
- Ça va mieux au fait ?
- Oui, le liquide qu'il a d'abord appliqué sur la griffure l'a désinfectée et anesthésiée, donc je n'ai plus mal.
- Ah ? Bonne idée. (oui, c'est à ce moment que j'ai su)
Nous entrâmes. Des voix que nous entendions de l'extérieur se turent à l'instant où elles entendirent la porte grincer. Le silence tendu devint omniprésent. L'intérieur était peu éclairé, des têtes se tournèrent vers nous dans l'obscurité. Intimidé je regardai Enmala qui prit une stature forte, serra le poing et avança vers l'arrière de la taverne. Je la suivis. Le propriétaire de l'enseigne apparut.
- C'est pour quoi ?
- Bonsoir. Nous sommes des rescapés de l'Île, qui a été attaquée. Nous voudrions vous louer une chambre pour la nuit, et vous acheter un repas. Nous sommes exténués.
Des voix isolées dans la taverne nous lançaient des insultes comme "Retournez-y, on veut pas d'vous ici !" ou "Bien fait !". Les gens qui n'avaient pas eu la chance d'accéder au berceau d'une éventuelle future paix Mondiale enviaient naturellement ceux qui y avaient eu droit.
- Pour sûr, ça peut s'faire. Vous avez combien ?
- Je n'ai que ma puce intra-corporelle pour vous payer.
- Vous croyez que j'ai de quoi accepter les puces ici ? Il rit, en même temps que quelques autres dans la salle.
- Que voulez-vous alors ?
Les gens de la taverne ne devaient pas être très fréquentables. Certains sourirent d'un sourire malsain, assez évocateur. Je compris, Enmala soupira. Après quelques pourparlers je donnai au gérant mon smartphone qui n'était plus qu'une brique éteinte, ce qui lui importait peu car il semblait s'intéresser aux métaux de l'appareil. Nous pûmes donc dormir cette nuit-là à l'étage. Les lits et les chambres étaient propres, peut-être l'atmosphère était-elle trop humide, à cause de la forêt, car j'ai tout de même assez mal dormi. Ou peut-être étaient-ce toutes les épreuves que j'ai eu à endurer en une journée.
Au matin nous descendîmes pour obtenir notre petit-déjeuner. La taverne était déjà à moitié remplie à cette heure, les marches boisées de l'escalier grinçaient sous nos pieds. Enmala savourait autant que faire se peut ce bruit si rarement entendu dans son univers, pendant que je consacrais mon énergie à ne pas tomber endormi. Nous choisîmes une table assez en retrait dans la salle, plongée dans l'obscurité, pour éviter de trop se faire remarquer. Une partie des pervers de la veille étaient de nouveau là, certains ne quittaient pas Enmala des yeux. Le propriétaire de la taverne vint nous apporter un plateau en bois couvert de victuailles, dont certaines m'étaient familières. Entre autres, il y avait du pain, un récipient plein d'eau, du beurre, et quelques petits fruits, sans doute cueillis directement dans la forêt. Nous pûmes manger à notre faim.
Pendant que nous mangions, une ombre se dessinait sur le sol, éclairé par le soleil levant. Elle se précisait, c'était un humain qui approchait. La porte grinça, tout le monde se tut. Un homme, vêtu d'un long manteau noir avec des motifs blancs, encapuchonné, se tenait debout dans le cadre de la porte et balayait du regard la salle, qui était plongée dans un silence inquiétant. Soudain, un homme se leva de sa table et courut vers le fond de la bâtisse. L'homme encapuchonné se mit à marcher d'un pas lent mais sûr silencieux vers sa cible. Il passa devant nous, je vis qu'il avait une sorte de mallette à la main sous son habit. La proie réussit à sortir par la porte arrière, restée béante. Le prédateur s'empara de sa mallette. En me penchant, j'aperçus la proie courir désespérément. Le prédateur sortit un long objet fin et métallique de la mallette. Il l'empoigna à une main, en le brandissant vers sa cible. Il poussa un petit levier de l'index, et deux branches métalliques se déployèrent de part et d'autre du bâton devenu arbalète. Il appuya sur la gâchette, le carreau ainsi libéré transperça la tête de la proie, qui s'effondra sur le sol, morte. Je me redressais, le regard vide. Un mort de plus.
Je jetai tout de même un autre coup d'oeil sur la scène. L'homme encapuchonné récupéra son projectile, ramassa le cadavre de sa victime, le mit sur son épaule, et se dirigea vers la porte du village. Des gardes accouraient, mais quand ils virent à qui ils avaient à faire, ils s'écartèrent prudemment sur son chemin. l'un d'eux lui lança tout de même : "Tu ne devrais pas être ici, Lobos." À cela, le tueur répondit par un regard menaçant et silencieux. Cela ne calma pas le garde et un autre renchérit : "Dégage !" Il ne dit mot, et continua à marcher vers la porte du village. Il disparut derrière le rempart. Enmala était demeurée silencieuse tout ce temps, et ne fit pas de commentaire sur l'assassinat auquel elle venait d'assister. On n'en parla pas, d'ailleurs. Les affaires internes d'un village isolé sont ce qu'elles sont.
Nous avions fini le plateau de nourriture. Je le remis au patron, et nous sortîmes de la taverne. Gernik patrouillait dans le village. Nous le saluâmes, il en fit de même. Il se renseigna à propos de notre état, et de celui de la blessure d'Enmala, qui s'était visiblement bien amélioré en une nuit. Il nous demanda ce que nous comptions faire ensuite, et cette question demeura sans réponse. Il continua sa route. Nous étions coincés. Ne sachant que faire, nous flânâmes dans le village, ne sachant que faire. Alors que nous nous étions engagés dans une petite rue entre deux bâtiments, nous remarquâmes une silhouette appuyée contre un mur.
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MessageSujet: Re: Ecrits personnels   Jeu 6 Sep - 23:53

- Vous n'êtes pas d'ici, nous lança la silhouette.
- Non, en effet, nous venons de l'Île, elle a été attaquée.
- Que faites-vous ici ?
- Nous avons été évacués, et l'avant-poste de réception à été détruit lui aussi. Nous sommes les seuls rescapés.
- Vous ne devriez pas être ici.
- Non, en effet, mais... Pouvez-vous nous aider ?
- Non, mais je peux essayer.
La silhouette sortit de l'ombre. Nous fûmes pétrifiés à la vue de l'homme encapuchonné qui nous regardait. Enmala tenta de reste placide, mais on eut tous les deux un mouvement de recul.
- Vous avez tué un homme ! Que vous avait-il fait pour mériter la mort ?
- Je le traquais. Depuis quatre mois. Il en est venu à se réfugier dans ce village isolé. Mais maintenant la justice est rétablie.
- Qu'a-t-il bien pu vous faire ? Enmala perdait patience, je ne disais rien.
- Il ne m'a rien fait. Mais il y a des années, il a trahi l'amour de sa femme. Il a également tué sa fille alors qu'il était sous l'emprise de l'alcool et a fait passer cela pour un vulgaire accident. Il méritait la mort.
- Comment pouvez-vous le savoir ? Cette entrevue se transformait en plaidoyer.
- C'était mon ami ; mais il a brisé deux vies. La sienne lui était devenue illégitime. Il m'a narré ses crimes un jour qu'il subissait les effets d'une boisson de la Vérité.
Je sus peu après que la boisson de la Vérité est un breuvage développé par la Caste du Cerveau, agissant sur le système nerveux. Elle paralyse à moitié le sujet, ne le laissant qu'à demi conscient, et lui fait croire à travers son système nerveux que la boisson a le même goût que la saveur favorite de la personne. Elle est donc très appréciée, et sa saveur change en fonction des personnes et de leurs goûts personnels. L'effet secondaire de cette boisson est que non seulement le sujet est laissé dans un état comateux pendant quelques dizaines de minutes, mais en plus il peut arriver qu'il se mette à livrer ses secrets les plus intimes. C'est ce qui a valu à la boisson de la Vérité son nom.
- Oh, je vois, dit Enmala. Et vous combattez pour la justice donc ? N'est-ce pas le rôle des autorités compétentes ?
- Elles sont corrompues et changeraient d'avis pour un rien. La justice n'a plus cours depuis longtemps.
- Mais qu'est-ce qui vous autorise à rendre vous-même la justice ?
- Qu'est-ce qui me l'interdit ?
- Mais la loi !
- Où voyez-vous un semblant de loi qui soit appliquée dans ce Monde, à part sur votre chère Île, qui vient d'ailleurs d'être rasée ?
Enmala ne sut quoi répondre, et je me rendis compte de la gravité de la situation sur le continent. Depuis des millénaires, le Monde était gouverné par des assemblées, une pour chaque Caste. Mais ça, c'était sur le papier. En réalité l'anarchie était de mise, les assemblées encore opérationnelles votaient des lois jamais appliquées, et les autorités n'assuraient que très rarement leur rôle. C'était un enfer. Le sang coulait, la vie continuait. Quelques structures stables et compétentes étaient en place, et disséminées dans le Monde. Certaines effectuaient des recherches, d'autres, comme l'Île (qui était la plus grande et prospère des structures stables de ce Monde) tentaient juste d'échapper à la violence.
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MessageSujet: Re: Ecrits personnels   Dim 9 Sep - 23:27

- Attendez, rasée ? Se rendit soudain compte Enmala.
- Oui, rasée, de près. Il ne reste rien ni personne. Cette fois les séparatistes ont gagné.
Elle était abattue. Privée de nouvelles, elle pensait que l'Île avait simplement été attaquée pour décourager les gens de venir y habiter, mais en réalité ils voulaient la raser totalement. Elle n'avait maintenant plus rien d'autre que la tunique de procession déchirée qu'elle portait.
- Bon, quoi qu'il en soit vous n'avez rien ni personne, et je vois qu'en plus d'avoir un bon fond vous avez l'air d'être innocents, ce qui est une qualité rare par ici. Vous méritez ma protection, nous dit l'homme encapuchonné.
Ce changement brutal de ton nous déconcerta. Enmala ne voulait plus avoir affaire à lui. Moi, je le trouvais plutôt cool. Elle réfléchit quelques instants.
Finalement, elle accepta quand même de suivre le tueur, parce que dans le cas contraire nous aurions été livrés à nous-mêmes, et qu'un secours, même si elle est fournie par une main salie par le sang, demeure un secours.

Il marchait silencieusement devant nous, mais d'un silence absolu : ses pas ne produisaient pas le moindre son, ni ses vêtements, ni même sa respiration. On aurait dit qu'il absorbait les vibrations. Je le fis remarquer à Enmala, elle me dit qu'il y avait des dispositifs pour ça. On ne disait rien (on chuchotait), et on restait loin derrière. Au bout d'un moment lorsqu'il se retourna, en nous voyant le suivre comme des moutons qui suivent un loup, il laissa échapper un petit rire, absorbé par son appareil anti-sons (En apprenant son fonctionnement, je me suis rappelé que des technologies similaires existaient sur Terre (enfin la mienne) : l'appareil envoie un son exactement inverse à celui capté par son micro, et les deux sons s'annulent. La seule avancée que comportait le dispositif du tueur était que l'appareil annule les sons qu'il produit lui, mais lui laisse entendre les sons que son environnement produit.)
- Mais comment vous nommez-vous ? Nous ne savons presque rien de vous, risqua Enmala.
Il désactiva son dispositif pour nous laisser entendre sa voix (même sans l'anti-sons il demeurait étonnamment silencieux).
- On m'appelle Gray.
- Ce n'est pas votre vrai nom ?
- Non. Je suis chasseur de primes. Les gens me disent de tuer, je tue, ils me paient. Dernièrement j'ai cessé mes activités pendant quelques mois pour traquer le chien des Terres Gangrenées que vous avez vu mourir. Je vais en tuer un autre, mais c'est plus personnel.
- Qui donc, et pourquoi ?
- Mon ancien maître. Alors que j'étais jeune, il s'est aperçu que je devenais plus fort de jour en jour, et que j'allais bientôt dépasser son niveau. Il décida de me tuer pour conserver sa renommée, car c'était le meilleur combattant du continent.
J'appris plus tard que ses parents, riches, avaient payé à leur fils un entraînement de plusieurs années auprès de ce "maître", pour manier aussi bien les armes que ses compétences d'Atomiste (les Atomistes sont ceux qui contrôlent la matière).
- Oui, les premiers veulent le rester, c'est normal, dis-je. Bon, par contre, de tuer son apprenti, ça c'est moins acceptable.
- Je le soupçonnais depuis quelque temps de vouloir s'en prendre à ma vie, et je restais sur mes gardes. Un jour il s'approcha sans bruit derrière moi et me planta une lame dans le dos.
Il souleva un pan de son espèce de cape-manteau et nous vîmes la vieille cicatrice un peu en dessous de son omoplate gauche.
- Il vous a transpercé le cœur ? Mais comment avez-vous survécu ? demanda Enmala.
- J'ai le cœur à droite... Enfin, il m'a quand même troué le poumon et cassé deux côtes. J'ai réussi à m'enfuir et j'ai trouvé refuge et soins chez mes parents. Il est venu et s'est introduit dans ma demeure pour m'achever, mais je suis parvenu à déceler sa présence et je me suis donc enfui. Il a cependant tué mes parents avant de me traquer plusieurs années pour finalement abandonner. Par la suite je suis devenu chasseur de primes pour m'exercer toutes ces années, et maintenant je compte bien le tuer pour venger mes parents et moi-même.


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Florent



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MessageSujet: Re: Ecrits personnels   Mar 18 Sep - 23:15

Enmala était révoltée. Gray lui rappela que nous n'étions pas obligés de le suivre, mais elle dut se rendre à l'évidence que c'était notre seule option, et qu'il nous offrait malgré tout une aide gracieuse et gratuite.
- Mais où comptez-vous le trouver ? demanda Enmala.
- Il est toujours listé comme meilleur combattant du continent et a une nouvelle habitation depuis plusieurs années. Il enseigne toujours, et son adresse est publique.
- Où se trouve-t-il ?
- Sur la partie nord du double continent de la Matière, en la capitale Atomiste.
Enmala me décrivit le site. J'en déduis que c'était à la même place que Détroit, Michigan, à peu de choses près. D'après elle, la ville entière était mal-famée, remplie de criminels, un peu une sorte de Gotham City. Enmala craignait cet endroit, tant les bruits couraient dans le Monde entier qu'il était presque impossible d'y survivre. Elle accepta tout de même d'y aller.
Nous continuâmes à marcher à travers la forêt. Nous rencontrâmes une panthère mais Enmala la tint à distance. Nous arrivâmes bientôt près d'un très gros objet métallique.
- C'est quoi ça ? demandai-je.
- Un transport quadriplace à dissimulation photonique, sonique et gravifique, répondit très simplement le chasseur de primes.
- Un aéronef qui peut se rendre à peu près invisible dans toutes les longueurs d'onde électromagnétique, ultra silencieux, avec un dispositif anti-sons du même genre que son appareil personnel, et aussi un capteur-émetteur de gravitons, qui fait que la masse de l'appareil ne pourra pas être détectée par des radars à gravitons, m'expliqua Enmala. J'ai déjà vu un aéronef de ce type lors d'une exposition, sur l'Île. Vous l'avez fabriqué ?
- En partie. Je n'ai rien volé nulle part, j'ai acheté tout ce que je n'ai pas fait moi-même.
- Cet appareil est quand même illégal. De telles technologies ne sont pas autorisées sur le marché civil.
- Si des lois avaient cours ici, je les enfreindrais, oui, répondit-il avec sarcasme.
Pendant qu'ils discutaient, j'observais le vaisseau. Il portait deux lourds canons à l'avant, il avait deux ailes de chaque côté, l'une au-dessus de l'autre, chacune portait un canon fixe, à l'intérieur de l'espace entre deux ailes. Le vaisseau, si on l'avait vu de dessus, avait une forme triangulaire, ce qui lui donnait un air très agressif. Le cockpit se trouvait sur le dessus, aux trois quarts de sa longueur en partant de l'avant. Vu de devant, il était hexagonal sans les ailes, et semblait disposer d'une large cabine. Deux cylindres étaient montés sous le vaisseau, orientés vers le bas. Ils ressemblaient aux engins de mort montés sur les canonnières qui nous avaient attaqués. De multiples canons sphériques ornaient le côté du vaisseau. Je revins vers Enmala et Gray.
- Ça vous a coûté cher tout ça ? demandai-je.
- Oui. Très. Je ne possède plus que ce que j'ai sur moi et cet appareil. Montez, vite. Quelqu'un approche.
Nous nous exécutâmes. Le chasseur de primes monta à son tour, et enclencha tous les dispositifs de camouflage. Par le biais de petits écrans de contrôle reliés à des caméras tout autour du vaisseau (ce qui devait servir à l'"atterrissage assisté") nous vîmes Tandatt, le chasseur qui nous avait aidés, tenter de comprendre d'où venaient les sons qu'il devait avoir entendus quand nous parlions. Gray, confiant, fit démarrer les moteurs du vaisseau, dont le bruit était masqué par l'anti-sons. Le vaisseau se déplaçait grâce à la répulsion gravifique, mais les moteurs faisaient normalement énormément de bruit (comme les aéronefs qui avaient pulvérisé la base de secours de l'Île), ce qui nécessitait un camouflage sonique performant. Il l'était tellement qu'il annihila même le son de notre voix. Par les écrans, je vis soudain les plantes s'aplatir sur le sol, puis ce dernier s'éloigner de nous. Tandatt, à quinze mètres à peine, ne remarquait rien. C'était vraiment impressionnant. Nous nous arrachions lentement du sol, sans le moindre son. Lorsque nous eûmes dépassé la cime des arbres les plus hauts, le chasseur de primes fit s'incliner les répulseurs vers l'arrière, pour faire avancer l'appareil, et plusieurs arbres plièrent sous la force des jets gravifiques (Tandatt ne se trouva pas sur le trajet au sol des jets gravifiques et fut tout de même surpris de voir la forêt s'incliner sans raison). Nous fûmes soudain collés à nos sièges du fait de l'accélération phénoménale qu'était en train de fournir le vaisseau, et en à peine quelques secondes nous franchissions le mur du son (dont la détonation fut carrément absorbée par l'anti-sons). Techniquement, nous aurions dû subir beaucoup plus de G qu'on en a ressenti, et mourir du même coup, mais grâce à des dispositifs gravifiques nous en sortîmes indemnes. Quelques minutes après, nous survolions l'océan. Nous étions partis.

- FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE -


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MessageSujet: Re: Ecrits personnels   Lun 22 Oct - 22:36

- DEUXIÈME PARTIE -

Les nuages défilaient lentement, sereinement à travers les hublots latéraux du vaisseau. Enmala était dans une position entre assise et couchée, sur le siège arrière droit (il y avait trois sièges, l'un pour le pilote, en avant, et deux places d'artilleurs sur les côtés), les pieds sur une manette (désactivée), pensive, le regard vide, habillée avec quelques vêtements de Gray. Ils étaient bien trop grands pour elle mais c'était toujours mieux que les lambeaux de sa tenue de cérémonie tachés de son sang et de celui des résidents de l'Île. Le chasseur de primes était assis aux commandes, les mains sur les genoux, pilote automatique activé, les yeux fermés, la tête droite, et ce depuis plusieurs heures. Pour ma part, j'étais affalé sur les commandes de gauche, la tête sur mes avants-bras croisés, le regard perdu dans les nuages voluptueux et le ciel bleu. Nous avions mangé quelques rations de survie de Gray (relativement bonnes). Aucun son, à part la vibration aiguë et monotone des moteurs gravifiques, atténuée par la dissimulation sonique. Je m'interrogeais, sur ce monde, sur le mien, sur la réalité. Étais-je en train de rêver ? Dans le coma ? Si ce n'était pas une illusion, alors pourquoi ? Pourquoi moi, pourquoi ici, pourquoi tout le monde parlait français ? Pourquoi même ici tout le monde ne faisait rien de sa journée à part s'entre-tuer, malgré toute l'avance technologique qu'ils semblaient avoir sur moi et ma société, des avancées technologiques pourtant d'ordinaire censées faciliter la vie ? Qu'est-ce qui m'étais arrivé la veille en rentrant du lycée ? Pourquoi Tandatt avait l'air d'un Suédois alors qu'il était dans la forêt amazonienne ? Tant de questions et aucune réponse, je crois que j'avais le mal du pays. Laissant mes nuages là où ils étaient, je pivotai mon siège et me tournai vers Enmala. Elle tourna la tête vers moi, et spontanément, voyant mon expression interrogative, elle me demanda si j'allais bien (l'anti-sons étant activé mais pas à pleine puissance, nous pouvions discuter). Je lui répondis que non, pas vraiment, que je me demandais ce que je faisais ici. Elle, me répondit qu'il y avait de fortes chances qu'elle n'en sache pas plus que moi, mais que si je n'avais pas été là, elle serait peut-être morte dans l'attaque de l'Île, car elle était en pleine procession dans les rues, et que je l'avais poussée à m'emmener chez elle, à l'abri. Elle ajouta que même si elle avait survécu et qu'elle était arrivée sur le continent de la Matière, sans moi elle n'aurait pas vu les aéronefs qui arrivaient pour finir leur besogne, et elle serait morte avec les autres dans le refuge. Cela suffit à me faire sourire. J'avais sauvé quelqu'un !


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MessageSujet: Re: Ecrits personnels   Lun 12 Nov - 0:22

Puis cela me fit repenser aux derniers événements. Les explosions, les morts, le sang. Je décidai de me changer les idées en en apprenant un peu plus sur le monde d'Enmala et de Gray, qui était toujours immobile et les yeux fermés.
- Mais, que font-ils, ces gens, dans ce monde, à part s'entretuer ?
- Les attaques sanglantes sont rares, c'est surtout une guerre de dissuasion.
- Ha, comme la guerre froide ?
- Hum ?
- Une guerre qui a duré super longtemps entre deux puissances de mon monde. Enfin, quand je dis super longtemps, c'est vous qui détenez le record je crois. Je me demandais, vous utilisez des armes nucléaires ?
- Qu'entends-tu par là ? Quel noyau ?
- Des armes atomiques ?
- L'Énergie ne risque pas d'employer des armes à base de matière !
Gray sortit de sa "méditation", ou que sais-je.
- Quand on brise un atome c'est pourtant bien de l'énergie qui en sort, dit-il en souriant.
- Oh, je crois que je vois ce dont tu parles. Il me semble que des essais ont été menés il y a des millénaires, sur les réactions en chaîne à partir de noyaux d'éléments lourds, mais ça n'a mené à rien, cela corrompt le vivant et entraîne des aberrations à cause des radiations. Des armes employant la fusion d'éléments légers, beaucoup plus puissantes, sont apparues ensuite, mais ce n'était guère mieux pour les sols. Et aujourd'hui on fusionne des atomes de manière contrôlée pour nous fournir en énergie.
- Vous avez des réacteurs à fusion nucléaire ?!
- Heum, oui, ce n'est pas si complexe. Comment produisez-vous votre énergie, dans ton Monde ?
- On utilise beaucoup la fission nucléaire, mais...
- C'est extrêmement polluant, m'interrompit Gray. Cela donne des résidus dont même nous avons quelquefois du mal à nous en débarrasser.
- Heu, bah oui. Mais ces derniers temps, on se tourne vers une protection de l'environnement, et on installe des machins qui font de l'énergie propre.
- Depuis combien de temps utilisez-vous la fission ?
- Heu, une cinquantaine d'années.
- Intensivement ?
- Heum, je crois oui.
- Vous utilisiez des énergies issues des matières vivantes anciennes à une époque ?
- Les énergies fossiles ? Encore aujourd'hui oui.
- Quoi ?! Et ça fait combien de temps ?
- Je ne sais pas, cent, cent cinquante ans !
- Intensivement ?
- Plutôt oui ! Mais comme je l'ai dit on se tourne vers...
- Il vous reste encore des réserves sous terre ?
- Presque plus.
Les deux se regardèrent avec une expression inquiète.
- Un conseil, laissez tomber la conversion vers les énergies renouvelables, ça vous évitera bien des efforts et des déceptions.
- Mais enfin pourquoi !?!
- C'est sûrement déjà trop tard. Si j'ai bien compris votre situation, vous allez bientôt vous rendre compte que vos écosystèmes meurent.


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MessageSujet: Re: Ecrits personnels   Lun 26 Nov - 19:25

- Mais personne n'en parle !
- Oui, mieux vaut une population heureuse qui croit que tout va bien plutôt qu'une conscience destructrice de la réalité, répondit Enmala.
- Alors tout ce qu'on fait, on peut l'oublier ?
- Si ça vous amuse vous pouvez continuer, mais ça ne servira pas à grand-chose non.
- Bon. Sinon, une question que je voulais te poser depuis quelques temps : pourquoi le garde du village ressemble-t-il à un Suédois bronzé ? Enfin je veux dire, il ne semble pas venir de ce village !
- Dans votre Monde vous n'avez pas de capacités supra-animales, n'est-ce pas ?
-... ?
- Ça, par exemple.
Elle étendit le bras, et un cercle diffus de lumière blanche apparut sur le sol dans l'axe du bras. Je baissai la tête pour voir sa main : la lumière émanait de sa paume !
- Heu... Ça je ne crois pas, dis-je, étonné. Comment faites-vous ça ?
- Cela vient naturellement dès le deuxième mois de la première année d'existence des enfants humains, répondit-elle en "éteignant" son bras.
- Et tout le monde peut faire ça ?
- Seuls les Énergétistes peuvent faire émaner de l'énergie de leur corps. Les Atomistes transforment, absorbent et restituent de la matière. Gray, une démonstration pour notre... Visiteur ?
Il leva sa main droite de son genou paume vers le ciel et doigts écartés. Au bout de quelques secondes un fin trait noir apparu sur sa main. Il grossissait.
- Et ceux de la troisième caste, que font-ils ?
- Ils manipulent par la seule force de leur esprit leur environnement et les autres êtres, intelligents ou non.
Le trait noir forma un cylindre, et une pointe argentée se forma ensuite au bout.
- Et voici un carreau de mon arbalète ! Fibre de carbone et acier, annonça fièrement Gray.
- Mais, vous l'avez créé à partir de rien ? C'est contraire aux lois physiques non ?
- J'ai absorbé de la matière auparavant.
- Où ? Comment ?
- Comme ça, dit-il en fermant le point sur le carreau. Quand il le rouvrit il n'était plus là.
- La transmission de la matière se fait par la peau, dit Enmala. Dans un sens et dans l'autre.
- Mais où est-elle stockée ?
- Des poches se forment dans le corps, littéralement là où il y a de la place, comme de la bête graisse.
- Vous choisissez l'élément à restituer, et l'organisation à donner ? Vous vous alourdissez donc ?
- Oui, au niveau atomique et quelquefois subatomique quand nécessaire. Et oui, la masse ne disparaît pas.
- Ouah.
Gray était amusé de mon expression ébahie.
- Et... Et toi ? Comment ça marche ? Tu peux faire d'autres trucs ? dis-je à Enmala.
- Pas dans le vaisseau s'il vous plaît, vous allez perturber mes instruments, avertit Gray.
- Oui, bien sûr. Donc, je peux générer des photons comme tu viens de voir, mais aussi des gravitons, la particule qui garde actuellement le vaisseau en l'air, des bosons, des neutrinos, toutes les particules sans masse, en somme.
- Et comment ça se passe à l'intérieur ?
- Cela dépend de la particule. Généralement elles sont générées juste sous la peau, par une couche de cellules que seuls les Énergétistes possèdent. Je maigris lorsque j'use de mes capacités, la plupart du temps c'est du sucre qui est brûlé pour produire l'énergie à émettre.
- Mais c'est fou ! dis-je complètement éberlué.
Je réalisai un truc.
- Gray, pouvez-vous restituer un peu de la matière qui compose votre propre corps ?
- Là, maintenant ? Ça fait un peu mal si vous voulez savoir.
- Non, c'était une question. Mais donc vous pouvez extraire de la graisse de votre corps !
- Heum, oui, mais ce n'est pas très joli vous savez.
- Mais alors vous pouvez maigrir à volonté !
- ... C'est un aspect de mes capacités oui.
- Géant. Mais, Enmala, tu n'as toujours pas répondu à ma première question, sans vouloir te commander.
- Oui, mais tu devais savoir ça avant de comprendre. Donc, je suppose que vous avez tout de même et comme tout être vivant un matériel génétique sous forme de longues molécules ?
- L'ADN ? Oui.
- Cela se transmet de génération en génération, vous le savez.
- Oui.
- Eh bien pas les capacités supra-animales (nommées ainsi car seuls les humains en développent). Chacune a une probabilité de une chance sur trois d'apparaître, et selon les spécialistes cela est déterminé d'après les interactions physiques du fœtus avec son environnement lors de la grossesse. Comme les empreintes digitales. La question à poser à ces spécialistes serait pourquoi vous ne développez rien, car aussi loin que les archives remontent tout le monde a toujours développé un des trois types de capacités.
- Aucun hybride ?
- Non, jamais.
- Normalement les faits ne sont jamais aussi absolus... Enfin, je dis ça mais personne dans mon monde n'a jamais rien développé de ce genre. Pas officiellement en tous cas.
- Ce système signifie que deux parents Énergétistes peuvent avoir un enfant atomiste et inversement. Ou même un parent Atomiste et l'autre Spirituel avoir un enfant Énergétiste. Et ce qui va suivre peut être complexe à saisir... Les Castes s'échangent des bébés.
- Mais elles sont en guerre ...?
- Sans bébés, personne ne renouvelle les générations, et cela vaut pour les trois camps. Les trois Castes s'échangent les enfants de chacune, transportés dans de grandes barges aériennes blanches (qui est la réunion du bleu, du vert et du rouge). C'est à peu près la seule chose sur laquelle les trois Castes sont d'accord, car chacun y trouve son compte.
- Ah oui, si vous tuez les enfants d'une autre caste, elle tuera les vôtres.
- Voilà.
- Mais les parents, qui se font voler leurs enfants ?
- Ce qui sort du ventre de la mère est considéré comme étranger à la Caste et à la famille, bien qu'il porte un matériel génétique semblable.
- Donc tu ne connais pas tes parents ?
- Non. Cela peut te choquer mais personne ne cherche à savoir qui a accouché de sa personne. C'est juste une contrainte d'organisation pour les Castes, et une opportunité de promouvoir la cohésion inter-Castes pour les pacifistes comme moi.
- Et vous, Gray, vous parliez de vos parents sur le continent !
- Deux choses. Oublie ton vouvoiement d'abord. Ensuite, je suis né Atomiste de parents Atomistes. J'ai donc naturellement été élevé par eux. Par contre, mon frère biologique a été envoyé au Cerveau.
- Cela ne vous dérange pas de ne pas le connaître ?
- Non, je suis sûr qu'il me tuerait s'il le pouvait.
- Et v... et toi ? Le tuerais-tu ?
- Si on me payait pour, oui.
- Tu ne participes pas à la guerre, alors ? questionna Enmala.
- Je préfère laisser ces querelles infantiles aux autres, et m'occuper de moi plutôt que de la bannière pour laquelle on m'a formaté pendant mon éducation.
Enmala sourit. Quoiqu’elle fût plus altruiste que Gray, il était en mesure de la comprendre, ce qui se trouvait être assez rare en leur monde. Après cela des bips se firent entendre. Gray pivota sur son siège et saisit les commandes. Un double bip de confirmation s'en suivit.
- Attachez-vous, et préparez-vous à tirer, dit-il. Nous amorçons notre descente vers la Cité Atomiste.
Je fus pris de frayeur. Moi, tirer et tuer des gens moi-même ? Je regardai Enmala, qui était aussi effrayée que moi.
- Tu ne nous avais pas averti de cela ! dit Enmala.
- Les tourelles automatiques commencent à être trop anciennes, et je ne peux pas piloter et assurer le contrôle de quatre tourelles latérales en même temps.
Enmala, pacifiste, se refusait à prendre le contrôle de ces engins de mort, mais nous eûmes à nous y résoudre, notre vie pouvait en dépendre. Je saisit la manette devant moi. Elle était complètement lisse mais dès que je l'eus empoignée, elle devint molle comme de la mousse d'oreiller et se déforma sous mes doigts. La seconde d'après elle était de nouveau solide, désormais parfaitement adaptée à la forme de mes mains. J'essayai les contrôles. Tout de suite les deux tourelles entre les deux ailes qui se trouvaient de mon côté s'animèrent.
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Orlamonde



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MessageSujet: autoportrait à partir d'un objet   Ven 1 Mar - 16:55

C’est un petit carnet bleu nuit. De côté apparaissent sagement 26 lettres de l’alphabet. A l’intérieur, des noms, des prénoms, des adresses et des numéros de téléphone….De l’extérieur (et si l’on y regarde pas de trop près) le carnet semble presque élégant, donne envie d’être manipulé. Une reproduction d’œuvre d’art (une femme de Mucha) le décore sobrement.
Une fois ouvert c’est autre histoire. On a vite de se perdre, certaines personnes sont rangées dans la lettre de leurs prénoms, d’autres de leur nom de famille, d’autres dans celle de leur surnom. Ainsi à M « la mère meylan » qui s’est mariée depuis depuis quelques années déjà et qui se nomme Claire Vicaire. Anne-Cécile Chenardot se trouve dans les B, prénom en A, nom de famille en C, était-ce bien une erreur au fond ? L’auteur du carnet n’a en tout cas jamais songé à la corriger et fait avec. Anne-Cécile est dans les B, elle le sait, c’est tout. Il y a des ratures, beaucoup des gens qu’on ne verra plus mais dont les coordonnées demeurent, même barrées d’une ligne. On y trouve des gens croisés une fois comme les amis d’une vie, les tontons ou les grands-mères. Et puis des bizarreries, au N par exemple un NUMEN numéro d’identifiant que la propriétaire n’a jamais tenté de retenir (contrairement à ses collègues qui ont pris le parti de l’apprendre par cœur). Tout derrière des dates de naissance, tentative avortée dont l’objectif était de pouvoir souhaiter enfin « bon anniversaire » aux amies. Mais là encore l’utilisatrice n’est pas allée au bout de son idée, elle n’ouvre pas l’arrière de son carnet et les dates n’ont jamais été relues. On peut aussi y dénicher le nom d’un fameux ostéopathe croix-roussien qu’on n’appellera pas, des schémas d’exercices de kiné, des adresses mails et des tâches d’encre, la propriétaire étant tout sauf une personne soigneuse. Le stylo utilisé n’a jamais été le même, il ceux écrits en bleu, ceux en noirs et puis les verts ou les rouges et même ceux écrits au feutre parce qu’on avait rien d’autre sous la main à ce moment là.
Ce petit carnet voyage beaucoup de sac à dos en sacs à mains, de rebords de cabines téléphoniques aux tables des chambres d’hôtels adossé à quelques cartes postales achetées la veille du départ.
Il voyage même chez lui et est très souvent recherché. Caché sous des papiers qui jonchent le bureau, tombé derrière le meuble à chaussures ou posé au pied du lit. Sa propriétaire le cherche toujours, le cœur un peu battant…et s’il était perdu quel fil lui resterait-il pour atteindre encore tous ces gens qui font sa vie ?
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Florent



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MessageSujet: Re: Ecrits personnels   Jeu 4 Juin - 23:35

Les frissons s'intensifièrent soudain. Tuer... Gray était concentré sur notre trajectoire, Enmala nous regardait tour à tour, son regard criait "Je ne veux pas, je ne peux pas !" mais elle ne pouvait pas renoncer au rôle dans lequel la situation l'avait mise. Je regardai par-dessus l'épaule de Gray, et je vis une immense cité tentaculaire s'étendre à perte de vue. des bras urbains gargantuesques s'allongeaient depuis son centre, emprisonnant les zones intermédiaires plus clairsemées par des axes transversaux qui apparaissaient à intervalle régulier. Nous nous approchions d'une véritable toile d'araignée urbaine, ce qui ne me réjouissait guère étant donné ma peur de ces bestioles.
Gray enclencha tous les systèmes de dissimulation disponibles, et la descente se déroula lentement dans une stupeur palpable. Allions-nous être détectés et attaqués ? Nous attendions, les mains crispées sur les manettes, avec pour seul environnement sonore les craquements de la carlingue (déjà un peu vieille), le bruit des moteurs et le vent atténués par l'anti-sons. De longues minutes s'écoulèrent péniblement. Mes doigts crispés me faisaient mal, malgré le confort des manettes. La cité approchait à mesure que Gray ralentissait et que le ronronnement des moteurs s'atténuait. Nous distinguâmes bientôt les bâtiments qui composaient cette ville. Nous vîmes des véhicules. Des gens furent bientôt visibles, de même que de multiples tourelles sur certains bâtiments, qui me firent frissonner. Je tournai à nouveau la tête vers Gray, nous n'étions plus qu'à quelques dizaines de mètres d'altitude, presque immobiles, descendant lentement. Sur un écran de contrôle, je vis en-dessous de nous une large zone vide, probablement notre destination. Gray était concentré sur ce petit écran, effectuant d'infimes mouvements d'ajustement sur ses manettes.
Nous pouvions distinguer le visage des passants, qui ne remarquaient absolument rien. Nous sentîmes un très léger choc sur la carlingue, Gray lâcha ses manettes, actionna plusieurs interrupteurs, et se laissa tomber en arrière dans son siège pendant que les nombreux voyants du poste de pilotage s'éteignaient les uns après les autres, que les vibrations de l'appareil s'estompaient et que le bruit déjà infime des moteurs finissait de mourir.
- Bienvenue ! lança ironiquement Gray.
- Je ne veux plus jamais toucher à ces manettes, de ma vie ! répondit Enmala, contrariée. Gray répondit par un
sourire qui semblait dire "Nous verrons cela.". Après avoir soupiré, je demandai :
- Bon, la suite du programme ?
- Je tue l'infâme traître qui m'a servi de maître, et nous quittons cet endroit, résuma Gray. Il prit un petit
appareil à côté de lui et le rangea dans son manteau noir.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Ça me servira à retrouver le vaisseau plus tard. Il est invisible après tout.
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